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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/91

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NOËL (Emile), chasseur au 17e bataillon de chasseurs à pied, d’une bravoure exceptionnelle comme brigadier. A toujours rempli des missions périlleuses, notamment le 10 mai, où il est resté six heures à dix mètres d’un ouvrage ennemi, lançant des grenades, jusqu’à ce qu’il fût grièvement blessé. A été amputé de la cuisse droite. Ordre du Grand Quartier Général n° 974, du 2 juin 1915. Médaillé militaire.

Le brave Noël, au moment de cette citation, était à Paris, à la maison de santé Anne-Marie de la rue de la Pompe, où il avait été opéré et où son heureuse humeur, sa bonne figure et sa nature ouverte l’avaient fait aimer de tout le monde. Ses blessures étaient terribles, et il avait fallu l’amputer trois fois, en raccourcissant chaque fois un peu plus la cuisse, mais il était toujours resté aussi souriant à chacune des opérations… Il avait vingt et un ans…

Quelles avaient donc été ces « missions périlleuses » qu’il avait toujours remplies, et comment, lors de l’une d’elles, était-il resté six heures à lancer des grenades, à dix mètres seulement d’un ouvrage ennemi ? C’est ce qui doit être dit pour sa gloire, celle des siens et l’honneur de son village.

Au commencement de mai 1915, le 17e bataillon de chasseurs occupait, à Notre-Dame-de-Lorette, un petit bois au pied d’un versant pris par les Allemands, et d’où leurs tranchées dominaient les nôtres. Très menacés dans cette position et insuffisamment protégés par le bois, nous devions nous y préserver par des réseaux de fils de fer qu’il fallait constamment entretenir et multiplier, et cette besogne, particulièrement périlleuse, était celle d’une douzaine de grenadiers de bonne volonté qui s’en acquittaient la nuit. Si noire que fût l’obscurité, ils n’y étaient pourtant jamais bien cachés. A tout moment, une fusée lumineuse éclairait le bois, les découvrait, et les projectiles pleuvaient aussitôt sur eux. Ils devaient donc éviter ces coups de lumière, se jeter à chaque instant dans les troncs d’arbres pour échapper aux projections, et se remettre ensuite à l’ouvrage sous les balles et sous la mitraille, tout en se garant toujours des fusées et de leur rayonnement. C’était ce terrible travail que Noël et dix ou douze autres revenaient faire presque chaque nuit.

Entre le bois et le coteau, c’était continuellement ainsi