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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/909

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cimetière parisien y défilent plus nombreux encore ! Ainsi sur ce chemin antique des gloires de la France, qui conduit à notre aire, l’image de la mort pas une heure ne cesse de rôder…

Nos hangars dressent ici, sur des kilomètres de longueur, leurs masses accroupies ; une ville nouvelle de planches et de toiles, contiguë au Bourget, s’est élevée, barrière fragile, mais infranchissable de la capitale. Un blockhaus central la commande, surélevé à la manière des passerelles de navires, où cinq hommes de quart, nuit et jour, sont tenus au courant des moindres faits et gestes de l’adversaire ! Pas un ennemi ne survole les lignes, de la Manche au Rhin, sans que le téléphone en avertisse aussitôt le commandement. Nuit et jour également d’innombrables appareils se tiennent attentifs au moindre signal.

De minute en minute, avions d’alerte et de patrouilles prennent leur vol. Les premiers, assurant la liaison avec le front, surveillent la venue toujours possible des oiseaux allemands : il y a si près de Paris aux tranchées ! Les seconds, perdus dans les nues au-dessus de la capitale, scrutent l’horizon dans l’attente du Boche téméraire qui se hasarderait jusque-là : il faut s’élever de bien peu au-dessus de l’Étoile ou de la Tour Eiffel pour apercevoir, devant soi, Compiègne et Soissons !

Que de l’immense cité surchauffée par les midis caniculaires la chaleur s’élève en remous tourbillonnans jusqu’à 10 000pieds en l’air et soulève leurs nacelles, que le froid les transperce et paralyse l’usage de leurs membres, les sentinelles aériennes veillent à leur poste, imperceptibles flocons de neige se détachant sur l’azur céleste ! En dessous, Paris s’agite indifférent. D’ordinaire une brume compacte et livide, même par les plus radieuses journées d’été, se traîne misérablement sur la ville ; une toile d’araignée lourde de miasmes, de poussières fétides, de fumées noirâtres emprisonne sous son tissu de plomb maisons et rues, boulevards et jardins. Le cœur des citadins se soulèverait de dégoût, s’ils se rendaient compte de l’atmosphère qu’ils respirent !

Au ciel cependant les distances n’existent plus. Un battement d’aile : voici Boulogne, son bois, ses lacs minuscules ! Un virage : voici l’Étoile ; autour de la place les tramways tournent en rond comme des souris, les « taxis » des Champs-Elysées semblent des mouches qui se poursuivent. Un coup de gouvernail encore et le dôme rutilant des Invalides, puis la Cité amarrée par ses ponts,