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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/908

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rivière jusqu’au pont du chemin de fer, vous ne pouvez pas vous perdre… Bon courage et bonne chance ! »

Les mains se tendent, les yeux des assistans l’enveloppent d’un dernier regard ému. Le moteur ronfle ; les mécaniciens se retirent ; le sort en est jeté… Il n’est plus qu’un point noir minuscule à l’infini !

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Désormais il a droit au glorieux insigne des pilotes brevetés : l’aile brodée d’une symbolique étoile. Demain déjà la séparation, les adieux aux camarades d’école auxquels vous unissent d’indestructibles liens, et qu’on ne reverra jamais, sans doute. Parfois cependant, en plein ciel, aux signes distinctifs de leurs avions, des amis se reconnaissent, passent et se saluent d’un geste. Seule la lecture des rapports, écoutée toujours avec une légère appréhension, apprendra les noms de ceux qui tomberont au cours des glorieux combats, frappés par la balle et l’obus ou dévorés par l’incendie, de ceux qui semèrent la mort parmi les oiseaux ennemis, de ceux surtout qui, selon la formule, « ne sont pas rentrés » le soir à leur nid. Chaque mois qui passe, ils s’égrènent un peu plus, les derniers camarades d’école !…


LE BOURGET

1870 ! Année terrible ! Comme ton souvenir pèse lourdement sur le Bourget où s’élève notre nouvelle cité des oiseaux ! Église au porche mutilé encore par la résistance furieuse des combattans, monumens où demeurent gravés les noms des morts glorieux, vieilles maisons criblées de balles qui bordent notre champ, de leurs blessures ouvertes les pierres elles-mêmes pleurent le désastre, implorent la revanche ! Par crainte de l’invasion toujours possible, la ceinture de défenses qui emprisonnent la petite ville, limitent sa croissance, y étouffent la lumière et l’entrain ; de toute la banlieue parisienne, elle demeure la plus lugubre, la plus noire ! Sur la route de Flandres, qui coupe le Bourget de part en part, où roulèrent jadis les triomphans carrosses de Louis XIV, de Condé ou de Turenne, ronflent aujourd’hui les limousines grises des chefs d’état-major, leurs fanions claquant auvent ! Mais les camions chargés d’obus fraîchement tournés, les interminables convois funèbres du