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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/898

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combinaisons dramatiques qu’il reproduit si volontiers et sans les varier beaucoup. » Peut-être Scudo ne pensait-il pas si bien dire, et un nouvel embarras surgit bientôt pour les auteurs qui lui donna singulièrement raison.

Le patriotisme italien ne tarda pas à s’émouvoir du réveil de cet épisode historique. Après s’être exercé vivement en faveur du musicien, il se retournait contre lui, on lui reprochait d’avoir méconnu le sentiment national au point de traiter un sujet qui montrait ses compatriotes sous un jour si défavorable. Pareil reproche ne paraît pas avoir beaucoup gêné Verdi ; il toucha davantage Scribe, qui se voyait privé par-là des droits escomptés sur les représentations en Italie, et aussi en Allemagne, puisque les uns allaient avec les autres. Mais il était homme de ressources et se tirait aisément des mauvais pas. Lui-même va nous dire comment il sortit de celui-ci, par la lettre suivante, écrite à un correspondant inconnu, un collaborateur qui avait ébauché avec lui quelques plans de combinaisons théâtrales :


A Monsieur X.

… Quant aux Vêpres siciliennes, sujet historique que Casimir Delavigne et bien d’autres ont arrangé à leur manière, je ne me rappelle pas, je vous l’ai dit, quelle manière était la vôtre, si vous aviez une donnée quelconque ou seulement un titre. Je me rappelle seulement, et cela vous suffira sans doute, qu’il y a dix-huit à vingt ans que mes Vêpres à moi ont été, non pas chantées, mais écrites, et c’est pour ne pas avoir voulu les chanter, qu’un directeur de l’Opéra a déjà été condamné à leur payer 30 000 francs d’indemnité.

Vous souvient-il, vous qui êtes au courant des affaire ! » d’opéra, d’un certain Duc d’Albe, composé il y a une vingtaine d’années pour Halévy sous Duponchel, puis donné il y a quinze ou seize ans à Donizetti ? C’est le premier ouvrage composé par lui en France, avant l’arrivée à l’empire de Léon Pillet.

Ce devait être le premier ouvrage joué par Pillet. Il me proposa de donner à la place la Favorite pour Mme Stoltz, me promettant de jouer trois ou quatre ans après le Duc d’Albe, sous peine d’un dédit de 30 000 francs.

L’époque arrivée, il préféra donner Marie Stuart, qui lui rapporta peu d’argent, mais qui en rapporta beaucoup au Duc d’Albe. Les 30 000 francs furent payés, dont moitié à Donizetti, auteur de la musique, et l’autre moitié à moi et à Charles