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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/893

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tête, et avant de l’exécuter, je voudrais seulement en causer avec vous, avoir vos idées qui sont toujours excellentes et qui, en tout cas, seront toujours plus jeunes que les miennes, car par malheur je me sens vieillir. Mais c’est égal : je suffirai à tout, à récrire en partie la pièce, ce qui n’est pas grand’chose, mais au travail de tous les jours avec Verdi et aux changemens qu’il me demandera, ce qui est fort long et ennuyeux, comme je l’éprouve chaque jour avec Meyerbeer. Quant à la mise en scène et aux répétitions, tout cela n’aura lieu que l’année prochaine, et j’en ai tellement l’habitude que ce ne sera rien pour moi, si mes forces me le permettent.

Ainsi, mon cher ami et allié, ne réclamez pas, je vous en prie ! Laissez-moi vous faire ce petit cadeau et cette surprise, dont mon amitié se fait une fête, et si votre délicatesse en murmure ou croit me devoir quelque chose, je vais la mettre bien à l’aise en vous demandant à mon tour un cadeau : abandonnez-moi le plan ou le canevas de la Perle de Venise, autre vieille idée qui sommeille depuis longtemps et que nous avons eue ensemble, sans commencement d’exécution. C’est moi à mon tour qui vous remercierai et me dirai votre débiteur, comme je me dis votre tout dévoué allié et ami.

EUG. SCRIBE.


La réponse ne se fît pas attendre. Charles Duveyrier, ravi, mais incomplètement renseigné, accepte aussitôt, et Scribe, à son tour, indique à son collaborateur comment il entend transformer l’œuvre ancienne et ramener, au moins de frais possible, à se passer dans la Sicile du XIIIe siècle, au lieu des Flandres du XIVe. Ce simple exposé eût dû suffire pour faire sentir à l’auteur combien son projet était arbitraire et combien ses personnages avaient peu de vérité, puisqu’il suffisait de modifier le décor et. les accessoires pour les faire émigrer du Nord au Midi. Mais Scribe ne s’embarrasse pas de tels scrupules.


A Charles Duveyrier.

Mon cher ami et bon allié, votre vieil allié est encore bien étourdi. Je jurerais encore que je vous avais envoyé Je nom de notre nouvel enfant et le titre de la pièce. Il parait que je l’ai oublié net.