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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/892

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assurer quarante représentations. Verdi, de son côté (et la modestie devrait m’empêcher de vous donner connaissance de cette clause), demandait pour condition première que le poème qu’on lui donnerait fût de votre allié. Voilà pourquoi la direction s’adressait à moi.

J’avais, comme toujours, plusieurs sujets en tête à moi tout seul ; mais il m’est venu la bonne idée de ressusciter ce pauvre Duc d’Albe que chacun (croyait mort, sous prétexte qu’on lui avait déjà fait des obsèques magnifiques, des obsèques de 15 000 francs. Mais vous vous rappelez qu’en acceptant les 15 000 francs, je vous avais réservé la propriété du mort et le droit de le faire revivre à volonté.

Je l’ai proposé à Verdi, ne lui laissant rien ignorer des aventures du défunt. Plusieurs situations lui convenaient, beaucoup de choses lui déplaisaient.

D’abord que l’ouvrage eût été anciennement destiné à Donizetti et qu’il eût l’air de traiter un sujet refusé, défloré, dont il était question depuis si longtemps, en un mot un fond de boutique.

Il fallait donc changer le titre. J’ai consenti sans peine.

Changer le principal personnage. C’était plus difficile, presque impossible. Je crois pourtant en être venu à bout. Il fallait changer le lieu de la scène, la placer dans un climat moins froid que les Pays-Bas, dans un climat chaud et musical, comme Naples ou la Sicile. C’était moins difficile ; je l’ai fait.

Il fallait enfin changer totalement le deuxième acte, car il n’y a pas de brasseries dans ce pays-là ; changer totalement le quatrième, qui représente l’embarquement et le départ du duc d’Albe, et enfin en ajouter un cinquième, car il veut un grand et bel ouvrage en cinq actes, dans d’aussi larges dimensions que les Huguenots ou le Prophète. En outre (et je serai en mesure), j’ai promis et signé que tout cela serait terminé pour ce mois-ci décembre 1853, pour que le maestro puisse se mettre immédiatement à l’œuvre. J’avais parlé de cela, il y a quelque temps, à Mélesville, mais je ne voulais point vous donner de fausse joie, avant que le traité ne fût définitivement signé avec Nestor Roqueplan, le directeur.

Je sais, mon cher ami, que vous ne vous occupez plus de théâtre, que vous avez d’autres travaux que ceux de la scène ; ne vous inquiétez donc de rien. Le plan est à peu près dans ma