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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/885

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usages et même les lois donnent aux auteurs le droit de distribuer eux-mêmes, et comme ils l’entendent, leurs ouvrages nouveaux.

Pour vous être agréable et pour vous donner la facilité de jouer le Prophète ou tout autre grand ouvrage que vous espérez, l’hiver prochain, je vous ai, dans une conversation, proposé de moi-même et sans consulter mon compositeur, de donner le Duc d’Albe cet été, sans y faire jouer Mme Stoltz, et je vous le propose encore dans ce moment, par écrit. Vous me répondez que vous ne le pouvez pas, que Donizetti n’y consent pas et exige la totalité de vos premiers sujets. Je retire alors ma proposition, et toutes choses restent dans l’état où elles étaient. C’est-à-dire que le Duc d’Albe doit être le premier grand ouvrage représenté l’hiver prochain, à moins que vous ne préfériez payer l’indemnité stipulée au traité.

Je sais qu’au mois de décembre dernier, toujours dans vos intérêts et sur votre proposition, nous sommes convenus par un traité signé entre vous, Donizetti et moi, de substituer au Duc d’Albe un opéra nouveau, Jeanne la Folle, dont le plan n’était pas encore arrêté. Il fut dit que le scénario vous serait soumis ; que, s’il vous convenait, j’écrirais le poème sur-le-champ et que Jeanne la Folle prendrait alors la place du Duc d’Albe, sinon que toutes choses resteraient en même état et que le Duc d’Albe conserverait tous ses droits.

J’ai de mon mieux et à grand’peine travaillé ce sujet de Jeanne la Folle. J’en ai écrit un scénario tellement détaillé que ce plan formait un manuscrit considérable. Vous l’avez approuvé dans une lettre écrite par vous, sauf quelques modifications sur lesquelles nous étions tombés d’accord, et quelques jours après, et quoique le sujet convint parfaitement à Donizetti, qui l’acceptait et qui l’accepte encore, vous avez définitivement repoussé le scénario, me déclarant qu’il ne vous convenait pas. Alors, et aux termes mêmes du traité de Jeanne la Folle, le Duc d’Albe rentre dans tout son droit, celui d’être le premier grand ouvrage représenté.

Maintenant, vous me demandez (toujours à la place du Duc d’Albe) et vous me dites que Donizetti y consent, un autre opéra, qui serait joué non pas en 1845, mais en 1840.

Je vous répondrai, mon cher ami, que cela m’est impossible. Tant de difficultés, de retards et d’autres contrariétés