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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/878

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scientifique. Ce n’est pas une obligation inéluctable que d’enseigner sous une forme aussi rébarbative que possible. »

Voyons bien ce qui se cache sous ces mots, c’est-à-dire le contraste entre l’esprit français et l’esprit allemand. La « pédagogie » allemande s’est infiltrée partout, en Scandinavie, comme en Hollande, en Suisse comme en Scandinavie. La Norvège et la Hollande, nettement, aspirent à s’en défaire. Ce serait facile en Norvège, pays jeune, où tout se transforme et s’améliore au fur et à mesure de la croissance. Et déjà, pour amorcer un premier contact, il s’est trouvé un généreux donateur qui a consacré une somme de 20 000 couronnes dont la rente servirait à l’envoi d’un étudiant norvégien à Paris. C’est le premier pas dans une voie où nous devons, nous, en faire beaucoup d’autres.

D’ailleurs, de toutes parts, en Norvège, les mains se tendent vers la France. Une dernière fois, je rappelle les paroles de Bojer, déjà citées ailleurs [1] : « Les sentimens des Norvégiens sont anciens. Notre Constitution est fille de la Révolution française… Le peuple est pour la France. La grande masse comprend que la France, une fois de plus, lutte pour une cause où l’humanité tout entière est intéressée. Aussi, la victoire de la France sera saluée comme une victoire pour la civilisation universelle. » Voilà ce qu’écrit l’auteur de La Puissance du Mensonge. Et voici ce qu’écrit, lui, un soldat de carrière, un colonel norvégien qui brûle de combattre dans nos rangs (et dont tout le monde prononcera le nom quand j’ajouterai qu’il a enseigné le ski à nos alpins et qu’il a écrit un petit livre admirable sur le soldat serbe), — voici donc ce qu’il écrit en haut lieu chez nous : « Ce fut mon désir, dès les premiers jours de la guerre, d’entrer dans votre Légion étrangère, seul moyen d’avoir l’honneur de me battre sous le tricolore français. Si j’obtiens un congé, c’est mon espoir d’avoir un passeport pour la France et d’entrer comme soldat dans la Légion…

« Je marche très bien, je tire très bien, je suis très bien discipliné, je ne connais pas de maladie, je peux porter le sac et le fusil très bien. Monsieur, est-ce qu’il y a des chances pouf un vieux colonel d’être soldat dans votre armée ?

« Je peux être sentinelle dans une tranchée, et peut-être

  1. La Grande Revue, mai 1916, p. 423, article de M. La Chesnais.