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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/865

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parole publique, alors que vos savans même parlent une langue professionnelle impeccable et sans pareille, et vous ne venez pas à nous, et vous vous faites désirer, et vous trouvez que la Norvège est trop loin de la France ! Est-ce que par hasard la France serait plus près de la Norvège ? »

Pourtant, la France prit pied en Norvège, jadis, à sa grande manière, par le rayonnement de son art : les figures sculptées de la cathédrale de Tronjheim disent assez haut sa gloire en pays Scandinave, au XIIIe siècle. Bien d’autres échanges, alors, s’accomplirent sous les auspices d’un art civilisateur entre tous, supérieur à tout ce qui existait en Europe. Pourquoi, à la faveur du bouleversement qui fait craquer partout les vieilles routines, la France ne planterait-elle pas dès maintenant des jalons sur ce terrain nordique tout prêt à les recevoir ?

C’est de quoi nous parlions, M. Edouard Soulier et moi, dans ce groupe d’amis chauds de la France où le zèle du ministre de France, le dévouement de nos hôtes de Bygdö, les lettres efficaces de nos correspondans français, nous avaient introduits. Nos conférences, lors de ce premier passage, ne furent pas très nombreuses, car la parole ublique n’était pas notre seul moyen d’action, et les entretiens répétés, les enquêtes, les visites, ne furent pas d’un moindre office. Et puis, à Christiania, le public propre à une conférence en français n’est pas illimité, et chaque séance lui demande un effort qu’on ne peut multiplier. Cependant, à dire vrai, nous fûmes surpris du nombre d’auditeurs qu’assembla par deux fois dans un vaste et beau local l’Alliance française de Christiania. Le distingué président de l’Alliance, M. Knagenhjelm, et le ministre de France, encadrèrent ces séances de leur parole, très écoutée. Le salon de Bygdö accueillit aussi, devant un auditoire d’élite, une conférence uniquement littéraire : le savant et délicat Collin, âme généreuse qui a élevé comme Bojer la voix pour la France, était là, avec Bojer ; et de même nos amis de la presse, du Tidens Tegn et de l’Aftenposten, des professeurs de l’Université de Christiania ; l’éminent directeur du musée, M. Jens Thijs, le même qui, après un bel ouvrage sur Léonard, en exécute un monumental sur l’Art et l’Ame de la France ; présent aussi le directeur des archives des Affaires étrangères, M. Hammer, et tant d’autres que je ne puis nommer.

Je ne saurais pourtant omettre, à côté de notre ministre, ceux qui, après avoir accompli leur devoir au front, servent la