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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/862

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allemand fût « maître dans sa maison, » en dépossédant « le Junkerthum de son insolente puissance, et en écartant ainsi tout obstacle à une paix juste et durable. » De telles paroles, au moment où se complotait, dans l’ombre, la première manœuvre de Stockholm, méritent d’être enregistrées.

Ainsi, parmi les « neutres du Nord, » la Norvège a une physionomie bien tranchée. C’est elle, des trois pays Scandinaves, qui a mis le cap le plus résolument sur l’avenir. Sa jeunesse, sa force, l’acte d’indépendance récent qui lui a si bellement réussi, ont ouvert carrière a ses légitimes ambitions, et aussi, faut-il le dire ? à ses appétits. Elle s’attable à la politique mondiale avec une fringale de jeune loup. Elle a d’ailleurs une intelligence profonde du rôle que pourrait jouer le « bloc Scandinave, » s’il était constitué comme il faut, c’est-à-dire par l’union des peuples. Elle sent bien que les aspirations de la masse populaire suédoise sont pareilles (pour ne point parler du Danemark si confus) à celles de la masse populaire norvégienne.

Question d’intérêts communs, sentis au début de la guerre, et dont la conscience a amené la Déclaration du 8 août 1914. Question aussi d’équilibre européen, le Nord voulant exercer son contrepoids et ne le pouvant que par une conspiration de tous les membres de la famille Scandinave, opposée à la famille germanique. L’esprit séparatiste de la Norvège se double de l’instinct de parenté, et du besoin d’une commune défense. La ligue des intérêts moraux, engendrée par l’affinité du sang et des passés historiques, pourrait faire, ou refaire une Scandinavie homogène. A cette œuvre de l’avenir travaille l’esprit norvégien, expansif et tenace, sans que le rêve des possibilités lointaines le détourne des réalités de l’heure présente, et de ses extraordinaires profits.

Les profits de la guerre, ils sautent aux yeux ici. Il n’est que de venir chez les neutres pour toucher du doigt l’autre immoralité de la guerre. Encore n’est-ce pas en Norvège que l’argent trop facilement acquis est le plus choquant. A Christiania, ville presque neuve, cet argent, battant neuf aussi, a quelque chose de plutôt naïf. Il dégorge, il se traduit en joie de vivre, en plaisirs de la table, de la bâtisse, de l’ameublement riche, en sports surtout, bref, en excès de santé. On jette les « couronnes » par les fenêtres des hôtels-palace, mais on en