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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/859

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Hansen ou les toiles de Munthe, vient frapper les livres français entr’ouverts sur le guéridon. La grande culture de notre hôtesse, elle-même romancière et dramaturge, se révèle tout de suite par la tournure qu’elle imprime à la conversation.

La France est l’objet de son culte. Toute la famille est si unanime dans ce sentiment, que celui-ci semble être un lien de plus entre ses membres. Et, le lendemain, dans un grand dîner, nous verrons cette chaleur d’admiration pour la France partagée par les convives, dont quelques-uns tiennent au monde le plus officiel. Le ministre de France n’est pas seul de son rang à cette fête. L’évêque luthérien lui fait vis-à-vis ; et parmi l’élément féminin se remarquent plusieurs personnes qui touchent de près à l’aimable reine de Norvège. Soirée franco-norvégienne de qualité rare, que couronne l’exécution très remarquable d’une œuvre de Grieg, trop peu connue de nos concerts français, et d’une passion tout à fait bouillonnante et jaillissante. Les musiciens vraiment nationaux ne se comprennent bien que dans leur pays d’origine, et joués par leurs compatriotes. Notre élégance française entoure de ses gazes la musique du Nord, qui est abrupte, — comme le fjord, — même quand elle est sentimentale. Ce soir-là, le voile me fut déchiré.

L’acclimatation morale nous fut donc, en Norvège, aussi prompte et aussi agréable que l’acclimatation physique. Cette limpidité de l’air, cette fraîcheur d’une atmosphère ragaillardissante sous un soleil sans nuages, cet éclat un peu dur, mais énergique d’une nature maintenant toute à la lumière au sortir de son accablant hiver, tout cela fut réconfortant à nos forces, et nous expliqua d’ailleurs la ferme tonicité de l’esprit et de la race norvégienne. Le climat est ici un facteur capital. La lutte contre les élémens, la violence des contrastes de la nature et jusqu’à l’opposition presque blessante de ses couleurs ; l’âpreté montagneuse et l’ingratitude du sol primitif ; l’aventure de la mer et de la pêche, seule ressource sur la côte déchiquetée ; les longs mois de nuit polaire, en attendant l’irradiation compensatrice, offusquante pour nos yeux à nous, des interminables soleils de minuit, tous ces heurts physiques ont façonné le caractère norvégien, l’ont martelé sur leur séculaire enclume. Peu de peuples sont aussi fortement trompés. Aucun ne s’est fait du danger une plus constante habitude. L’attrait de