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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/858

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Celle-ci se témoigne gaillardement, d’une façon naturelle, et comme une chose « qui va sans dire. » Quelques-uns cependant l’ont dite, et très haut. Mon voisin, Johan Bojer, a clamé son admiration pour la France de la plus retentissante façon, après un voyage au front français, d’abord en une conférence quatre-vingt-douze fois répétée sur « le soldat de France, » puis dans un livre, — non traduit par malheur, — où il raconte son voyage chez nous. Titre : A l’ombre du drapeau français. Je regardais ce petit homme droit, dru, vif, à l’œil d’un bleu résolu, à la moustache militaire, qui avait tout d’un chef, la tenue, le verbe, le geste, sorte de jeune Viking de la littérature du Nord, et je lui disais en riant : « Vous, un romancier du pays d’Ibsen ! allons donc ! vous êtes un capitaine d’alpins français ! » et il me répondait, — comme il avait répondu certain jour a Pontigny, chez Paul Desjardins : « Je ne me suis fait littérateur que parce que je n’ai pu être général sous Napoléon Ier ! » Tout s’explique. Johan Bojer, le premier romancier de la Norvège, est aussi le premier soldat de la France dans les pays Scandinaves. Honneur à lui !

Deux heures après, M. Albert Thomas recevait un groupe de notabilités norvégiennes dont notre ministre se faisait l’interprète : il répondait avec une mesure et une cordialité qui gagnaient tous les cœurs, et se dirigeait aussitôt vers son train. Toute la cargaison d’exilés ministrables bondait les wagons, et roulait avec lui vers Pétrograd, car Stockholm n’était encore qu’un buffet de l’étape. Le train va s’ébranler. Les dernières poignées de main s’échangent, non sans émotion. Et voilà Bojer, un instant éclipsé, qui accourt, brandissant une poignée d’œillets magnifiques ; il les jette dans le compartiment d’Albert Thomas, et lance un sonore : « Vive la France ! » Tel fut le cri dont retentit, le 18 avril, à quatre heures, la gare de Christiania.

Quelques instans après, nous étions présentés par M. Chevalley dans la maison qui, aux portes de Christiania, est vraiment le foyer des amitiés et des lettres françaises. Vers le sommet de la presqu’île de Bygdô, dominant le fjord et les vallons boisés, l’hôtel-musée où nous trouvons le plus flatteur accueil évoque les templa serena du poète antique. Il fait bon parler de la France dans ce cadre où la transparente lumière du Nord, après avoir caressé les originales tapisseries de Frida