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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/85

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des races et des classes composant la population de ces contrées, leur passé, leur présent et le véritable fond de leurs tendances ou de leurs répugnances. Une étude raisonnée et détaillée de l’occupation militaire, où reparaissaient ensuite le technicien et le spécialiste, complétait ces observations de fait groupées en un ensemble savant sous l’élévation de la conception générale, et ajoutait encore à la valeur de l’ouvrage. L’Institut ne s’y était pas trompé, et lui avait décerné le prix Furtado.

A treize ans de là, le capitaine était devenu colonel, et professait à l’École de Guerre où ses conférences faisaient sensation. Quelqu’un devait même dire un jour que les hautes études militaires n’avaient réellement daté chez nous que de ces leçons, et elles apportaient, en effet, une interprétation singulièrement audacieuse de ce qu’on définissait la « notion de sûreté » et la « défense offensive. »

Le but de nos règlemens, enseignait le conférencier, est de mettre les troupes envoyées au combat dans les meilleures conditions de sûreté, et le principe en est hors de cause. Mais où est la véritable sûreté ? Est-elle bien toujours dans le soin de se « couvrir, » et la recherche du moindre « risque ? » Ne sera-t-elle pas souvent, à la condition de s’y être préparé, dans la puissance et la soudaineté de l’élan ? La façon la plus sûre de se garder contre l’ennemi n’est-elle pas de l’annihiler, et comme de le supprimer dès l’abord, sans lui laisser le temps de se reconnaître, en le frappant de stupeur et d’étourdissement ? Ne faudra-t-il pas, dès lors, en faisant ainsi consister la vraie « sûreté » dans le foudroiement immédiat de l’adversaire, précisément dédaigner le « risque » et ne plus exclusivement songer à se « couvrir ? » Ne devra-t-on pas voir la condition de la victoire dans la « capacité de l’attaque, » et non dans le souci de la protection ? Le principe de la « défense offensive » une fois admis, la véritable « défense offensive » n’est-elle pas là ? Pour arriver, toutefois, à ce dédain du « risque » et à cette fureur dans l’attaque, destinés à jeter tout de suite l’adversaire dans l’incapacité morale de combattre, il sera évidemment indispensable de s’entraîner à un état d’esprit où l’on deviendra capable de « l’impossible, » où ce qui semble irréalisable en dehors de l’action le deviendra dans la surexcitation de la lutte… Et le conférencier construisait toute une méthode d’audace et d’héroïsme résumée dans une série de critiques et de formules