Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/849

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


VIII


Comme le patriarche, au milieu de la vie,
Contemple le soleil de l’épaisse moisson,
A ma taille bientôt montent les épis blonds
D’enfans, et les pavots de leurs bouches sourient.

Je me retourne et vois sur la route suivie
Le chasseur que j’étais dans la jeune saison.
J’aimais le baiser âpre et roide du glaçon
Sur ma barbe alors notre et maintenant blanchie.

D’aucuns parlaient, lisant mes vers, de ma douceur.
Il est vrai, je chantais les femmes et les fleurs :
Mais celles-là plus d’une fois se sont méprises.

Je chantais, dis-je, ainsi que chantait mon fusil
Dont les canons se faisaient flûte sous la brise
Qui sifflait et poussait contre moi le grésil.


IX


C’est Dieu que j’invoquais sur ma flûte rustique.
Il est venu par le doux chemin villageois,
Ainsi qu’un laboureur, tout au long d’un pavois
De campanule et d’angélique.

Il est venu par le blé mûr des catholiques.
Les perdrix, les enfans rappelaient à la fois.
Les joubarbes faisaient aux descentes des toits
Des sculptures de basilique.

Sur une banderole, ouvrage d’une sœur,
On lisait tout en or ces divines paroles :
« O mon fils ! donne-moi ton cœur ! »

Je répondais, voyant cette pauvre bannière
Où l’on avait inscrit tout l’amour du Seigneur :
« Donnez-moi votre cœur, ô Père ! »