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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/846

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II


Même quand le pays riait sous les nuages,
Même quand la colline était comme un trumeau,
Même quand j’attendais sous l’arbre d’un hameau
Une enfant buissonnière et qui n’était pas sage.

Même alors le bonheur fuyait, et le ramage
De l’idylle cessait dans la nuit des rameaux.
Mon Dieu ne voulait pas que les lis les plus beaux
Fussent à moi sans que l’abeille y fit ombrage.

Soyez béni, Seigneur, par qui j’ai recherché
L’amour d’un absolu qui manquait au péché.
Les fruits d’or et de sang qui s’offraient à mon âme,
Si je les ai cueillis, je les ai rejetés
Pour boire avidement l’inextinguible flamme,
Qui tombe du Ciel même au milieu de l’Eté.


III


Je me souviens de telle fleur, dans un tel bois,
De cet insecte au creux d’un ormeau, d’une chasse
Où je distingue encor le vol d’une bécasse,
D’un verre d’eau que dans une ferme je bois.

Mais j’oublie, à présent que j’avance, une voix
Qui me fut chère, un cœur qui tenait tant de place
Qu’il emplissait le mien, une charmante face
Et des lèvres d’amour qui disaient toi pour moi.

Cette voix et ce cœur, cette face et ces lèvres,
Puissent-ils à leur tour m’avoir bien déserté
Et ne retenir rien de cette double fièvre

Qu’une rose au Printemps, une abeille en Eté,
La trace en bondissant que fait dans l’herbe un lièvre :
Ce qui n’est plus cela que nous avons été.