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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/843

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circonstance présente, nous allons plus loin que lui, nous demandons l’internationalisation de celui de la Prusse rhénane de manière que les matières qui en seront extraites, sous le contrôle de la Société des Nations, soient employées là et en Wesphalie à fabriquer des outils de paix, non des canons et des obus, des bateaux de commerce, non des navires de guerre. Le droit des gens, de son côté, si ébranlé qu’il ait été dans ses fondemens par la guerre mondiale, nous aidera de ses enseignemens pour l’aménagement de ce contrôle collectif : celui-ci n’est pas autre chose, à tout prendre, quoique avec plus d’extension, que ce qui a été naguère inventé pour surveiller les finances des États banqueroutiers, réserver à tous les ayans droit la circulation sur les grands fleuves, ou réglementer l’exportation du sucre et, par conséquent, sa production.

Hors de là, point de salut ni de sécurité pour l’humanité en détresse. Mais, pour en arriver là, chacun doit se pénétrer, à l’arrière comme au front, de deux notions capitales. En premier lieu, nous combattons pour notre patrimoine matériel autant que pour notre héritage moral, pour notre gagne-pain autant que pour notre liberté politique et civile. D’autre part, quand nous déposerons les armes, sur un globe étrangement bouleversé et singulièrement appauvri, le souci de la vie matérielle l’emportera fatalement, et de beaucoup, sur toutes les autres préoccupations qui ont coutume d’agiter les humains.

Parmi ceux-ci, il en est, de deux catégories différentes, qui se refusent à accueillir ces vérités évidentes : les uns, qui ont une belle âme, mais un esprit court, croient encore à la vertu toute-puissante des idées pures, alors qu’elles ne sont point servies ou qu’elles sont desservies par la force brutale ; les autres ne daignent s’incliner devant les faits que lorsqu’on consent à les leur présenter sous une parure littéraire ou symbolique.

Aux esprits courts, il ne faut point apporter des argumens qu’ils pourraient attribuer à l’esprit et à l’intérêt de parti ; mais on doit leur recommander de méditer sans cesse ces paroles d’un neutre, le député socialiste suisse Oscar Rapin, prononcées en juin dernier à Lausanne :

a Dans les congrès internationaux, les socialistes allemands nous ont endormis et trompés. Ils répétaient : « Unissez-vous, « prolétaires du monde entier, et il n’y aura plus de guerre. »