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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/839

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Tandis que les socialistes allemands se groupent autour de leurs gouvernans et des chefs d’industries pour chercher la restauration de leurs forces nationales affaiblies dans une intensification méthodique de toutes les branches de la production humaine, les nôtres, toujours hantés d’assurer une équitable répartition des richesses avant même qu’elles existent, — telle la Confédération générale du Travail le 21 juillet, — en sont encore à proclamer qu’il vaut mieux laisser des mines inexploitées, des réseaux de chemins de fer en déficit énorme, plutôt que d’ « aliéner au profit d’intérêts particuliers une partie du domaine public, » ou de compromettre « la solution rationnelle de la crise générale des moyens de transport… qui est de faire faire retour à la nation de toutes les propriétés nationales. »

En Angleterre, les trade-unions rejettent, pour garder la vie à bon marché, les droits d’entrée sur les denrées alimentaires, mais demandent à voir les ouvriers protégés dans leur travail contre la concurrence des produits fabriqués dans les pays à salaires avilis ; les armateurs, qui ont cruellement souffert de la guerre sous-marine, sollicitent le rétablissement de l’acte de navigation de Cromwell pour fermer leurs ports à la compétition allemande, et les marins, qui ont perdu près de dix mille des leurs au jeu des torpilles, viennent de décider de ne plus s’embaucher sur des navires impériaux, et de ne plus s’employer à les charger ou à les décharger. Mais les uns et les autres paraissent redouter que trop de restrictions douanières ne viennent tantôt priver la marine britannique de son ancien et lucratif emploi de grand convoyeur international et de roulier des mers.

Ici, c’est un pays où l’agriculture domine, où l’esprit public est resté paysan et individualiste, où l’on ne s’est pas encore avisé que la prospérité nationale est désormais subordonnée à la naissance et au développement de vastes entreprises industrielles, commerciales et maritimes, et qu’elle ne dépend plus des cours pratiqués sur le marché local. Plus loin un autre, de petite ou de moyenne industrie, où l’on s’effraie de la moindre concurrence nouvelle, du plus timide effort vers la concentration ou la coordination des affaires, où l’on a été jusqu’à insinuer qu’un expédient pour la réintégration de telle province dans sa patrie perdue pourrait être de laisser le sous-sol à l’occupant actuel et de n’en restituer que la surface à son ancien maître !