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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/836

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d’Ailemagne, l’Allgemeine Elektricitäts Gesellschaft, ou par abréviation, l’A. E. G. Or, dans une première brochure, parue il y a bientôt un an, M. Rathenau constate que son pays a failli succomber dans la guerre actuelle, faute d’une préparation économique suffisante, et qu’en prévision de nouveaux conflits, on doit consacrer toutes les années de paix future à compléter cette préparation ; il préconise à cet effet la création de vastes entrepôts de matières premières, l’établissement d’un plan de mobilisation industrielle aussi détaillé que le militaire, avec affectation automatique de chaque ingénieur et ouvrier à tel emploi, de chaque usine à telle fabrication déterminée par avance, et, pour diriger le tout, l’institution d’un grand état-major économique sur le plan de celui de l’armée. Puis, cela ne suffisant pas encore à tracer le cadre du grand œuvre de demain, M. Rathenau achève de nous initier dans une seconde brochure, qui est celle-ci du printemps dernier : sa fortune ébranlée par la guerre, ses débouchés appauvris ou restreints, sa main-d’œuvre diminuée, ses matières premières raréfiées, l’Allemagne devra sans tarder se mettre à restaurer ses forces. « Tout homme doit travailler, nul outil ne doit chômer… Il arrivera un moment où il faudra que tout homme sain et vigoureux, incapable d’une production intellectuelle notable (qui en jugera ? ) soit contraint de prendre un métier et de contribuer à la production générale. Le pays se consolera facilement d’avoir quelques étudians ou rentiers ou collectionneurs en moins. »

C’est d’ailleurs là, non pas tant l’annonce d’un plan nouveau, que la systématisation d’une œuvre déjà engagée par le gouvernement impérial : la mobilisation civile votée par le Reichstag en décembre 1916. Et lorsque tel socialiste majoritaire se dit grand partisan de l’union douanière de l’Europe centrale, lorsque tel autre, publiciste allemand parle de bloquer économiquement la Russie, si elle refuse les « faveurs » que Robert Grimm était chargé de lui offrir, nul ne saurait désormais s’y tromper : avec des armes nouvelles mises dans la main de l’État, gouvernans, patrons et ouvriers cherchent d’un même effort, selon la pittoresque expression d’un journaliste français, Pertinax, la constitution d’un « Saint-Empire industriel, » lequel, à l’instar de son ancêtre politique, aurait, avec ou sans l’investiture du Vatican, la prééminence sur tous les autres