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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/826

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que, dans notre très vieille Europe, la nature n’a réuni les deux élémens aujourd’hui nécessaires à la production du fer et de ses dérivés, — minerai et houille, — que dans le seul bassin lorrain (Thionville et Briey), complété par celui de la Sarre ; que le charbon produit par ce dernier ne suffit même plus aujourd’hui à transformer les abondantes réserves de minerai renfermées dans celui-là, et qu’il y faut encore les houilles de la Prusse rhénane, chacune de ces deux matières premières devant être transportée vers l’autre et leur fusion s’opérant soit dans notre Lorraine, soit en Prusse rhénane ou en Westphalie ; qu’avec la paix de Bâle de 1795, la France détenait la totalité de la Lorraine et de la Sarre ; que les traités de Vienne de 1815 lui ont fait perdre la moitié du charbon de la Sarre, celui de Francfort en 1871 le surplus de ce combustible et la moitié du minerai lorrain ; qu’enfin, si la « carte de guerre » de 1914 devenait par malheur la carte de la paix finale, la France ne conserverait plus rien de cet instrument de règne.

Est-ce le hasard du mouvement des armées, ou un plan d’origine exclusivement stratégique, qui a conduit l’état-major allemand à occuper, puis à « organiser, » après la triste Belgique et nos départemens du Nord, la partie demeurée française du bassin minier lorrain, la région de Briey ? Sont-ce des besoins militaires qui déterminent le même état-major à détruire de fond en comble les mines et manufactures des départemens qu’il a déjà évacués, à déménager méthodiquement par avance les outillages des fabriques qu’il devra tôt ou tard nous restituer ? Non pas, assurément : conception économique que tout cela ; volonté réfléchie d’affaiblir industriellement l’ennemi pendant et après la guerre, parce que, dit cyniquement le même manifeste cité plus haut, « on ne pourra plus trouver aucune protection dans des traités qu’au moment opportun, on (qui, on ? ) foulera de nouveau aux pieds ; » parce que l’occupation de ces régions laborieuses entre toutes de la France a privé celle-ci tout d’un coup de plus des trois quarts de ses moyens métallurgiques et l’eût livrée sans défense possible au progrès de l’invasion barbare, si elle n’était parvenue, grâce à l’aléatoire et