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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/821

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dominer, et dominent encore à cette heure, les conceptions politiques de l’Allemagne. A cet égard, les socialistes d’outre-Rhin, fussent-ils minoritaires, ne se distinguent que par des nuances imperceptibles des pangermanjstes les plus outrés et des gouvernans les plus mielleux de Berlin. Les alliés doivent opposer aux prétentions et aux appétits de l’ennemi un programme, une volonté et des moyens adéquats, s’ils ne veulent compromettre leur destin sans recours.


I

Les avertissemens n’ont pas manqué de la part de l’Allemagne. « De nos jours, disait en 1897 le docteur Michaëlis, aujourd’hui chancelier de l’Empire, alors simple lecteur à l’école de droit de Tokio, de nos jours, ce n’est que sur le terrain économique que se fait la guerre, et notre développement économique est enrayé par l’Anglais. » Plus catégorique, et plus menaçant aussi, était le prince de Bülow, quand, le 15 novembre 1906, parlant comme chancelier au Reiçhstag, il proclamait que, contrairement à l’opinion communément répandue, l’expansion commerciale de l’Allemagne était susceptible d’amener les plus grands conflits et d’engendrer la guerre, voire d’entraîner le monde dans une conflagration générale. C’est en 1913, enfin, qu’un économiste teuton [1]écrivait : « La guerre prochaine aura pour but le remaniement économique du monde : la bataille la plus grave par ses conséquences sera celle qui, postérieurement à la cessation des hostilités, se livrera autour du tapis vert pour la conclusion de nouveaux traités de commerce. »

On pourrait multiplier indéfiniment ces témoignages. Ceux-là sont suffisans. Mais, de notre côté, en Angleterre comme en France, ou bien on ignorait ces coups de canon de semonce, ou bien on se refusait à y voir autre chose que des manifestations d’opinions individuelles, tout au plus des accès de bluff pangermaniste.

La foi était si grande alors, et si aveugle, dans le progrès rapide et indéfini de l’humanité, dans la propagation bienfaisante des idées pacifistes, dans l’efficacité souveraine des

  1. Cité par J. Reynaud, Avenir du Marché viticole, Beaune, 1916.