Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/800

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour les élections de 1876, il accepta. Sur un programme strictement catholique, il fut élu. Une nouvelle carrière allait s’ouvrir devant lui.


II

A vrai dire, elle ne s’ouvrit pas sans quelque difficulté. La Constitution que l’Assemblée nationale venait de voter donnait à la majorité de la Chambre le droit, — absurde et odieux, et dont l’après-guerre, espérons-le, nous délivrera, — d’être juge dans sa propre cause, et d’éliminer, sous les plus vains prétextes, les adversaires les plus gênans. On s’empressa d’user de ce droit envers Albert de Mun. Gambetta, tout en se défendant de vouloir « écarter de l’arène politique un champion qui s’annonçait sous de telles couleurs et avec de telles prémices de talent, » et tout en prononçant à son sujet le grand nom de Montalembert, Gambetta fit voter une enquête, dont les conclusions furent, naturellement, adoptées, et l’élection de Pontivy fut invalidée [1]. Ramené une seconde fois à la Chambre par ses électeurs, Albert de Mun fut enfin accepté par ses nouveaux collègues. Mais, après le Seize-Mai et les élections de 1877, on voulut faire payer à l’élu de Pontivy la faute que peut-être il avait commise en acceptant d’être candidat officiel : nouvelle enquête et nouvelle invalidation qui, cette fois, sous la pression administrative, fut ratifiée par le suffrage universel. Réélu en 1881, en 1885, et en 1889, il échoua aux élections de 1893. Un siège s’étant trouvé vacant à Morlaix en 1894, il se présenta, fut élu et resta jusqu’à sa mort député du Finistère. Commencée en 1876, on peut dire que sa vie politique, sauf d’insignifiantes retraites forcées, devait durer trente-huit ans.

Il est assez difficile d’embrasser et d’apprécier avec toute l’ampleur et l’exactitude désirables l’œuvre d’un homme politique contemporain. Sans doute, ses discours nous restent, et nous livrent bien les aspects essentiels et les directions gêné raies de sa pensée. Mais les discours ne sont pas, — et

  1. Dans un fort beau et très équitable portrait qu’il a tracé de Gambetta (Combats d’hier et d’aujourd’hui, t. IV, p. 188), Albert de Mun a rappelé avec un bien savoureux mélange de fierté, d’esprit, et presque de gratitude, ce lointain souvenir : « Gambetta avait, disait-il, le charme de l’accueil et le secret des mots encourageans. J’en ai fait l’expérience : il ordonna mon invalidation avec des paroles d’une grâce infinie. »