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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/791

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orateur catholique, on l’eût sans doute quelque peu surpris. L’auteur du livre De l’Esprit avait deux filles. L’une d’elles épousa en 1772 un cadet de Gascogne, le comte de Mun, brillant soldat, qui, maréchal de camp sous Louis XV, fut créé par Louis XVIII lieutenant général de l’armée royale. Les de Mun sont originaires de Bigorre : leur manoir familial est à trois lieues de Tarbes. Famille surtout militaire, dont on peut suivre la trace jusqu’à la fin du XIIe siècle [1]. Un Aster de Mun prit part à la septième croisade : il fut avec saint Louis à Damiette. Un jour, à la Chambre, avec une juste fierté, Albert de Mun a pu se dire « le fils de ceux qui, pendant de longs siècles, avaient trouvé, dans l’honneur de combattre et de verser leur sang pour la France, le fondement de leurs privilèges [2]. » Cette leçon des ancêtres, mieux que personne il a su l’entendre et la mettre en pratique.

Il la retrouvait d’ailleurs, sous une autre forme, au sein du foyer domestique. Conseiller général de Seine-et-Marne sous le Consulat et l’Empire, marquis et pair de France sous la Restauration et le gouvernement de Juillet, son grand-père sut concilier la plus ombrageuse indépendance à l’égard des régimes qui répugnaient à son loyalisme monarchique avec la passion d’être utile à son pays. Et son père, fidèle héritier de cette généreuse attitude, n’eut guère dans sa vie qu’une seule ambition : celle d’être, en toute occasion, et même en présence des Allemands envahisseurs [3], le maire scrupuleux, actif et dévoué de son village de Lumigny. Soldats, administrateurs, hommes politiques, la constante devise des de Mun a été celle qu’exprime si bien le vieux et noble mot : Servir.

Albert de Mun n’a pas connu sa mère, « sa sainte mère, » comme il l’appelle, cette Eugénie de La Ferronnays, dont le Récit d’une sœur nous a fait connaître la touchante destinée, et qui lui a transmis, avec l’exemple d’une admirable vie, toute l’ardeur de son âme religieuse. Elevé, avec son frère aîné Robert, pur une belle-mère qui semble avoir été parfaite, — au témoignage même de la propre sœur de la première marquise de

  1. M. le comte de Mun : origine, antiquité de sa famille, par l’abbé Cazauran, Paris, Palmé, 1876, in-8. — Cf. comte d’Haussonville, Réponse au Discours de réception d’Albert de Mun.
  2. Comte Albert de Mun, Discours, t. III, p. 464, 465 ; Paris, de Gigord.
  3. Un château en Seine-et-Marne en 1870, par le marquis de Mun. Paris, Dentu, 1875.