Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/774

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


hussards d’Autriche, pris d’une invraisemblable panique. Au cri de sauve qui peut ! les soldats de la Nation, tournant le dos à l’ennemi stupéfait, se jetèrent en désordre sur la route de Lille, et le général ayant voulu les arrêter, ils abattirent leur chef et quelques officiers à coups de fusil. Le général Biron, s’étant le même jour porté de Quiévain sur Mons, avait dû brusquement, devant l’attitude plus qu’incertaine de ses troupes, les ramener en arrière ; la panique s’empara alors des dragons qui, tournant bride au cri de « Nous sommes trahis ! » entraînèrent le corps d’armée entier dans une effroyable débandade que nous décrit un témoin, La Tour Foissac. Des officiers furent massacrés, des soldats foulés aux pieds qui avaient entendu tenir bon ou remettre de l’ordre.

Les Autrichiens, heureusement, s’étaient à peine préparés à combattre et ne poussèrent pas les fuyards. Mais, le lendemain, l’Europe faisait des gorges chaudes sur ces Français nouveau style qui, sans attendre un coup de fusil, prenaient la fuite à perdre haleine. La nouvelle devise de la Nation était, ricanait-on, « Vaincre ou courir !  » Un ambassadeur étranger à Paris dit au ministre des Etats-Unis : « Tout sera fini dans un mois. » Et on peut se demander en effet si tout n’eût pas été fini en un mois, au cas où la coalition eût été prête à marcher sur Paris.

Peut-être y eut-il dans l’événement, puisque aussi bien nos ennemis ne surent pas immédiatement en profiter, un puissant élément de remoralisation. Plus avait été complète, effroyable, honteuse la débandade accompagnée de sanglans désordres, plus la réaction devait être forte jusque dans l’âme des coupables. La leçon jaillissait de ces incidens, si frappante que nul ne pouvait se refuser de la voir. Les soldats, honteux et comme abasourdis de cette ignoble aventure, restaient si penauds que, dès le lendemain, ils se montraient prêts à prendre leur revanche.

Mais les chefs de l’armée connaissaient trop l’origine et la grandeur du mal pour admettre qu’il se pût guérir en quelques heures, ni même en quelques semaines. Et, par ailleurs, ils se fiaient peu aux lois pour assurer cette guérison. En fait, l’Assemblée législative, le 4 mai, chargeait le pouvoir exécutif de faire un nouveau règlement. Mais il fallait agir vite et agjr directement sur l’homme.

Puisque l’Europe nous en laissait le loisir, on était résolu