Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/773

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


séditions éclataient, à la frontière même, dans les garnisons renforcées de Phalsbourg, Lunéville, Neufbrisach et Strasbourg. Et comment s’en étonner quand l’Assemblée Législative, après avoir, il est vrai, applaudi le roi préconisant, dans son message d’ouverture, « le rétablissement de la discipline, » faisait sortir du bagne, laissait porter en triomphe dans Paris et « admettait aux honneurs de la séance » les soldats du régiment de Châteauvieux condamnés après la révolte de Nancy, quand Servan n’était, en mars, appelé au ministère de la guerre, par les Roland que pour avoir écrit son Soldat citoyen où étaient prônées les nouvelles mœurs militaires ? La force militaire continuait fort logiquement à se dissoudre, si bien qu’au commencement de 1792, bien des patriotes souhaitaient la guerre dans l’espoir que, survenant avant que le mal ne fût irréparable, elle arrêterait à temps la complète décomposition de l’armée.

La guerre approchait, de fait, à grands pas. L’Europe, simplement menaçante en 1791, s’apprêtait manifestement, en 1792, à nous dépecer, lorsque, la prévenant, l’Assemblée Législative décrétait la guerre, le 20 avril. Celle-ci allait, — en attendant que la Coalition s’étendit à d’autres Etats, — nous mettre aux prises avec les Autrichiens et les Prussiens. Mais on était convaincu que, devant les menaces de l’étranger, la force militaire allait se ressaisir et la discipline se rétablir en un jour. « On verra, s’écriait un Girondin au club des Jacobins, on verra la discipline se rétablir au souffle des batailles… Ça ira !  » Car on est habitué en France à croire au miracle.


III. — LES DÉBANDADES D’AVRIL 1791 ET LA REVANCHE VALMY-JEMMAPES

Le mal causé par une anarchie aussi prolongée ne peut en effet se guérir en un jour. Il eût été contre tous les précédens que, subitement, une troupe retrouvât toute sa valeur après avoir, impunément, pendant des années, tenu tête à ses chefs et entendu régler à sa guise les conditions de son existence.

Lorsque, le 28 avril, l’armée nationale, débouchant de la Flandre française en Belgique, se trouva en face des forces autrichiennes massées dans une attitude purement défensive, on vit un des spectacles les plus honteux qu’armée eût jusque-là donné, et surtout armée française. Le corps du général Dillon, marchant de Lille sur Tournai, fut, à la seule vue des