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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/763

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son général a le bon esprit de le prévenir sur les obstacles qu’il rencontre, il ne pense plus qu’à les vaincre et s’en fait un jeu. Si, au contraire, on lui cache ces dangers, il s’étonne on les apercevant et une fois que le découragement le presse ou plutôt le dégoût de ce que l’on veut lui faire faire, la méfiance s’en mêle et il devient presque impossible de le rallier et d’en tirer aucune part. » Pas un de nos officiers qui, aujourd’hui, ne souscrive à tel jugement.

Mais encore faut-il avoir en face de soi des Français de bonne race. La plupart des soldats de l’ancienne armée étaient, je l’ai déjà dit, ce qu’il y avait de moins recommandable dans la nation, au moins au point de vue qui nous occupe ; enrôlés parfois en un soir d’ivresse, regrettant amèrement la signature extorquée par l’agent recruteur et peu propres à chercher dans leur conscience, — et pour cause, — les raisons d’obéir et le respect de leur uniforme, ils pouvaient, à la longue, devenir des risque-tout, des casse-tout, des renverse-tout et, par-là, des soldats parfois précieux, mais, mêlés d’ailleurs à toute une écume de soldats étrangers qu’avait souvent attirés dans les armées du roi le seul désir des bons coups à faire, de la rapine et de la débauche en pays conquis, nos hommes se laissaient toujours entraîner, — quand ils n’entraînaient pas, — aux excès les plus déplorables. Tel sergent La Tulipe, tel sergent Sans-Souci pouvaient bien être des soldats valeureux en telle ou telle circonstance, assaut d’une place forte, défense obstinée d’un poste, charge à la baïonnette, mais les meilleurs étaient rarement tout à fait sûrs dans la main d’un chef. Et c’est ce qui explique les hauts et les bas incroyables de notre histoire militaire du XVIIIe siècle, où l’on voit la même troupe accomplir, sous le même général et les mêmes officiers, des prodiges de valeur et des actes honteux de lâcheté, remporter de grandes victoires et subir d’incroyables revers. L’absence de discipline enlevait toute espèce de sécurité à qui dirigeait nos armées. Le tableau, bien entendu, ne va pas sans d’honorables exceptions : il en était peu.

Cependant les vieilles règles établies par Louvois avaient encore force de loi. Et des exemples éclatans, — pendaison des coupables ou expulsions humiliantes, — parvenaient souvent à imposer le respect des lois et, pour un temps, une certaine discipline. Mais, je le répète, nos officiers qui furent toujours