Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/711

Cette page a été validée par deux contributeurs.


venir à la musique, » n’a pas d’exigences spéciales. Il ne vient pas là, comme au Châtelet, pour montrer sa transcendance artistique. Il vient naïvement et prend de confiance ce qu’on lui donne. Il vient écouter, dans la musique militaire, la voix de la Patrie… Je ne demande pas, croyez-le bien, que la musique étrangère soit bannie des programmes, mais qu’elle n’y soit pas, comme elle l’est trop souvent, prépondérante…

« S’il est naturel que l’on joue Wagner dans les grands concerts [1], devrait-il figurer dans les concerts militaires, lui, l’insulteur de la France vaincue !

« Il y a quelques années, on célébrait à Pézenas des fêtes en l’honneur de Molière. Un ministre y assistait. Tout à coup, au plus beau moment de cette cérémonie essentiellement nationale, éclate la Chevauchée des Walkyries. Je ne pus contenir l’expression de mon étonnement. « Eh ! bien ! Quoi ? me dit le ministre. Est-ce que ce « n’est pas beau ? » — D’abord, ce n’était pas beau : privée de la partie vocale, mutilée dans ses développemens, la chevauchée n’est plus belle. Il ne reste de beau que le thème, et ce n’est pas assez. »

À quoi M. Saint-Saëns ajoutait : « Ma protestation n’eut d’autre effet que de me brouiller avec le ministre. »

Il nous plaît d’espérer qu’à l’avenir, une telle raison de protester ne nous sera plus fournie. Souhaitons également qu’après la guerre, nos musiciens, et non les moindres, ne dédaignent pas d’écrire des œuvres originales, et nationales, pour nos musiques militaires. Celles-ci ne sont point indignes de cet honneur. Que désormais chaque forme de notre art nous soit chère, et même sacrée. Que chacune soit appelée à célébrer un jour, — qui luira bientôt, — le salut et la gloire de notre patrie. Aussi bien, la musique elle-même, la musique militaire, y aura concouru. Pour les soldats-musiciens, comme pour leurs frères, il sera juste que l’honneur suive la peine et l’égale. Celle-ci ne leur est point, épargnée. On lit dans un document anglais du XVe siècle : « Tous les capitaines doivent avoir des tambours et fifres, et des hommes pour s’en servir, qui soient fidèles, discrets et ingénieux, habiles à se servir de leurs instrumens et versés dans plusieurs langues, car souvent ils sont envoyés pour parler aux ennemis, sommer leurs forts et leurs villes, racheter et conduire des prisonniers, et porter divers autres messages… S’il arrive que ces tambours et fifres tombent entre les mains de l’ennemi, ni présens ni violences

  1. Cette lettre était écrite en 1907.