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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/709

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l’étranger. Chacune des Expositions universelles qui se renouvelèrent périodiquement pendant le siècle dernier servit d’occasion à ce genre de fêtes ou de festivals, qualifiés parfois, — et non sans raison, — des « monstres. » Alors se créa le genre, assurément discutable, des « sélections, » « fantaisies, » « pots-pourris, » « sur les motifs » des opéras les plus fameux et non pas toujours les meilleurs. Une fois pourtant, une seule, sous le gouvernement de Juillet, un musicien de génie, Berlioz, écrivit spécialement et sur commande officielle, pour un orchestre militaire qui ne comprenait pas moins de deux cents instrumentistes, une de ses œuvres, et non la moindre, la Symphonie funèbre et triomphale. Elle était destinée à célébrer le dixième anniversaire de la Révolution de 1830, tout en accompagnant la translation des restes des victimes dans le monument qui venait de s’élever à leur mémoire sur la place de la Bastille. Berlioz a défini lui-même l’idée et le programme de la vaste composition :

« Rappeler d’abord les combats des trois journées fameuses, au milieu des accens de deuil d’une marche à la fois terrible et désolée, qu’on exécuterait pendant le trajet du cortège ; faire entendre une sorte d’oraison funèbre ou d’adieu adressé aux morts illustres, au moment de la descente des corps dans le tombeau monumental, et enfin chanter un hymne de gloire, l’apothéose, quand, la pierre scellée, le peuple n’aurait plus devant les yeux que la haute colonne surmontée du génie de la liberté aux ailes étendues et s’élançant vers le ciel, comme l’âme de ceux qui moururent pour elle. »

Malgré la grandeur du programme et celle de l’œuvre, ou plutôt peut-être à cause de cette grandeur même, l’exécution et le succès trompèrent cruellement l’espérance du maître. Dans le tumulte et le désordre de la rue, dans le bruit de la foule, sa musique se perdit et, de son propre aveu, « il n’en surnagea pas une note. »

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La place, encore une fois, nous est trop mesurée pour suivre jusqu’aux dernières pages du livre de notre confrère l’histoire de la musique militaire. Chacun de nous, rien qu’en interrogeant sa mémoire, y pourrait ajouter un chapitre particulier, un choix de souvenirs personnels et toujours chers. La musique militaire ! Sur « le Cours » ou « les Allées » de nos villes de province, dans nos jardins parisiens, « à l’âge où l’on est écolier, » que de jeunes cœurs français elle a fait battre ! Mais elle n’a pas charmé seulement notre enfance lointaine. Nous lui devons de plus récentes et non moins vives impressions. Étrangère, que dis-je ! ennemie autrefois, désormais amie