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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/708

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devenir le Conservatoire de musique et de déclamation. Les Gossec, les Catel, les Lesueur et les Méhul contribuent à la création d’un riche répertoire de marches, ouvertures, pièces et cantates patriotiques. La musique est de toutes les cérémonies, comme elle est de toutes les batailles. « À Valmy, » raconte un soldat musicien, « au moment où la feu était le plus animé, le fils du duc d’Orléans, surnommé le général Égalité (le futur Louis-Philippe), vint au milieu de notre musique et nous dit : « Musiciens, il y a assez longtemps que l’on joue Ça ira jouez-nous donc Ça va. » À l’instant, nous nous mîmes à jouer et toutes les musiques en firent autant. Mais cela ne dura pas longtemps, car le morceau était à peine commencé, que deux des musiciens étaient blessés et un tué, ce qui fit bien vite cesser la musique. »

Quant aux œuvres composées par les maîtres cités plus haut pour les solennités nationales, plus d’une mériterait encore aujourd’hui l’attention, l’admiration même. Il n’en est pas moins certain qu’à l’apparition et comme au souffle seul de nos deux hymnes héroïques par excellence, le Chant du Départ et la Marseillaise, la musique d’alors, au moins la musique militaire, s’est tout entière et pour jamais évanouie[1].

L’espace nous manque pour suivre plus loin, et jusqu’à nos jours, le progrès, ou l’évolution du genre. Ni le Premier Consul, ni l’Empereur ne s’y montrèrent indifférens. Signalons au moins, sous l’Empire, la proscription tacite des refrains révolutionnaires et de la Marseillaise elle-même, que remplacèrent généralement des « timbres » alors populaires, d’innocens vaudevilles, ariettes ou chansons.

La période de calme inaugurée par la Restauration détourna quelque peu la musique militaire de sa destination primitive. Elle se fit elle-même pacifique, et c’est pour l’agrément tout esthétique d’auditoires civils, ou bourgeois, qu’elle multiplia désormais ses tranquilles concerts. Mais, pour être ainsi devenue plus modeste, elle n’en demeura pas moins bienfaisante. Et même, par son progrès technique, grâce à des exécutions plus fréquentes, au nombre ainsi qu’au talent accru des exécutans, il arriva que ses bienfaits s’étendirent. Longtemps, bien longtemps avant la création de nos orchestres du dimanche, elle entra comme un élément salutaire, précieux, dans les habitudes et dans les plaisirs de la foule. L’usage s’établit peu à peu d’instituer des concours entre les diverses bandes militaires de la France et de

  1. Sur la musique de ce temps-là, consulter l’ouvrage très complet de M. Julien Tiersot : Les fêtes et les chants de la Révolution française ; 1 vol. Hachette, 1908.