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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/707

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et d’action, voire de succès. « Faites-les marcher (les troupes), en cadence, voilà tout le secret. Avec cela, vous ferez marcher vite et lentement, comme vous voudrez ; votre queue ne traînera jamais, tous vos soldats iront du même pied ; les conversions se feront ensemble avec célérité et grâce ; les jambes de vos soldats ne se brouilleront pas, et vos soldats ne se fatigueront pas. » Ailleurs : « Que dira-t-on, si je prouve qu’il est impossible de charger vigoureusement l’ennemi, sans cette cadence ? »

Les musiciens du XVIIIe siècle ne méprisèrent pas non plus le genre auquel un Lulli s’était intéressé. Haendel écrivit une marche de régiment et Favart n’estimait pas indigne de Gluck une composition de cette espèce. Soucieux, comme son aïeul, de l’éclat et du progrès de la musique militaire, Louis XV prescrivit à plusieurs reprises une révision générale des batteries et sonneries de l’infanterie et de la cavalerie. En 1762, le maréchal de Biron, colonel du régiment des gardes françaises, obtint du Roi la permission d’élever au double le nombre de ses musiciens et de faire supporter par le Trésor la dépense nécessaire, qui ne s’élevait pas à moins de 24 000 livres par an.

Un écrivain militaire de l’époque, le lieutenant-général comte Turpin de Crissé a beau protester contre le succès croissant de la musique aux armées, en France, hors de France, le goût public est le plus fort. La Cour elle-même raffole des concerts donnés en plein air, les soirs d’été, sur la terrasse de Versailles, par les bandes de musique de la garde française et de la garde suisse. Le divertissement en est offert aux hôtes princiers du château, comme le comte du Nord (grand-duc Paul de Russie). À Paris, les « sérénades militaires » attirent la foule sur le boulevard. « La musique des gardes françaises, » écrit Mercier dans son Tableau de Paris, « imprime au régiment une distinction qui le fait chérir. » Nous ne parlerions pas autrement aujourd’hui de la garde républicaine. Les mêmes musiciens concourent au Te Deum chanté à Notre-Dame pour fêter la déclaration de l’indépendance des États-Unis. Enfin leur réputation mondaine est si grande, que leur colonel se voit obligé de les laisser aller, par petits groupes, « exercer leurs talents dans toutes les maisons honnêtes où ils étaient désirés. »

La Révolution consacre la faveur de la musique militaire. Elle en fait non seulement la compagne et l’auxiliaire de ses victoires, mais l’ornement de ses fêtes civiques. Un jeune officier, Bernard Sarrette, fonde une école de musique militaire qui ne tarde pas à