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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/697

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fin qu’il avait à commenter, ces dernières lignes où les adversaires de Bossuet, — ou, si l’on veut, les partisans d’un Bossuet tout à fait suranné, — trouveront la preuve de son mépris pour la science. De quel ton parle-t-il de la physique ! Et, par physique, il entend les sciences lui traitent de la matière inanimée ou animée, la physique proprement dite, la physiologie et le reste. Petites choses ! un divertissement, le thème d’une conversation badine ! petites choses qui ne valent pas l’intérêt sérieux d’un évêque !… Notre époque ayant la prétention, l’orgueil et la glorieuse manie d’être, avant tout, scientifique, et d’avoir inventé les sciences et de les avoir, ou peu s’en faut, menées à la perfection, Bossuet qui dédaigne la science n’a rien à démêler avec notre époque. Il est de l’âge théologique ; et nous sommes parvenus à l’âge scientifique ; n’essayez pas d’amener au terrain quaternaire un défunt du terrain tertiaire. Est-ce que Bossuet méprise la science ? Il dit surtout qu’elle n’est pas son affaire, à lui évêque, à lui gardien fidèle et promoteur des idées morales et religieuses. Il ne la condamne aucunement, à la condition qu’elle soit séparée de ce qui n’est point à elle. En d’autres termes, Bossuet distingue la science et la religion. S’il préfère la religion, s’il la considère comme plus importante, on a tort de s’en étonner ; peut-être aussi n’a-t-on pas raison de le blâmer. Cette distinction nette qu’il établit, sans ménagement de nulle espèce, entre la science et le reste, j’avoue qu’elle n’est pas du tout de notre époque. L’un des caractères de notre époque, c’est le mélange de la science et du reste. Un petit nombre de nos contemporains seulement veillent à éviter cette confusion, veillent à ne pas saluer comme la révélation de tout l’univers une ingénieuse découverte de nos savans. Ceux-ci ont beau se défendre d’aller à des conclusions métaphysiques : on les entraîne, et, s’ils ne marchent pas, on les devance. Le darwinisme est devenu, malgré Darwin, un système de philosophie générale : et, si les observations de Darwin gardent leur valeur, il n’y a guère de système philosophique plus aventuré que le darwinisme. Il ne paraît pas, maintenant, beaucoup plus solide que le bernardinisme : il continue pourtant de nuire et dans la morale, et dans la politique, et dans la sociologie et dans tous les domaines où on l’a introduit, où il n’avait que faire, où Darwin ne l’envoyait pas. De nos jours, lorsque Pierre Curie eut découvert le radium et les principes de la radio-activité, il supplia les badauds et les philosophes de ne point abuser des hypothèses qu’il formulait, de n’en point mésuser, de ne pas les lancer au hasard et partout. Depuis lors, on a vu la radiologie se constituer