Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/687

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans sa maison, malgré les soldats allemands qui disaient : « Pas de pitié !… Il marchera. » Il rendit aussitôt le dernier soupir. Avertis, le curé de la paroisse et le maire de la commune firent le nécessaire pour que le défunt eût des obsèques dignes de lui. Toute la population d’Aulnois y assista.


* * *

Je recueille ainsi d’admirables exemples de la résistance opposée par les populations picardes à l’envahisseur. De cette. résistance les exemples abondent, diversement probans, tous également dignes de remarque et de respect.

— A Quesmy, me dit un colonel qui a fait ses preuves dans les tranchées d’Alsace, l’institutrice, Mme Pellequair, restée seule au foyer, son mari étant au front, assure le fonctionnement des services de la mairie. Surveillant tout, réglant tout, défendant, autant qu’elle le peut, en toute rencontre, les intérêts de la commune et de ses infortunés habitans, elle tient tête à la Kommandantür, dont elle affronte et dédaigne doucement, intrépidement les menaces. Elle s’est acquittée de ses fonctions municipales, — fonctions dangereuses, comme vous savez, en pareil cas, — pendant plus de deux ans. Survient le moment du départ des Allemands, une retraite qu’elle a prévue par ses indices certains, et dont elle a noté soigneusement les préparatifs. Pendant les dernières heures de l’occupation, cette jeune femme, au risque de s’exposer à l’attention d’une police soupçonneuse, dont les représailles étaient toujours terribles, observe les mouvemens de l’ennemi, remarque la direction des troupes en marche, les emplacemens du matériel de guerre et les dispositions des batteries. De sorte que le chef du détachement français envové en reconnaissance et à la poursuite reçoit d’elle les plus précieux renseignemens. De pareils services civils et militaires méritaient bien une récompense, qu’elle a obtenue sur mon rapport. Nous avons profité de la présence d’un régiment cantonné à Quesmy pour remettre à cette vaillante française, devant la garde assemblée, la Croix de guerre, que son mari obtenait d’ailleurs, presque en même temps, sur le front.

— N’oublions pas, ajoute un capitaine, Mlle Dru, qui, dans la commune de Maucourt, a fait preuve du plus grand dévouement, et a fourni une active collaboration aux autorités militaires.