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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/684

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préfèrent vivre au fond de leurs caves plutôt que de s’éloigner de leur cour, de leur jardin, de leur champ. L’armée s’occupe de procurer à ces proscrits que rien n’a pu déraciner, des baraquemens provisoires qu’ils pourront installer sur l’emplacement même du logis disparu.

Maucourt, dans le canton de Guiscard, nous montre des chalets tout neufs, dont les planches vernies brillent au soleil parmi les ruines. Ici l’autorité militaire a été puissamment aidée par une initiative qui prouve que, dans cet office d’assistance aux malheureux et de consolation des affligés, la meilleure solution est presque toujours découverte d’emblée par les lumières spéciales du cœur féminin. Mme Carraby, veuve du célèbre avocat, et sa fille, Mme la comtesse Jacques de Chabannes-La-Palice, ont formé le noble dessein de rendre aux pauvres gens de ce village aboli par l’ennemi le courage de travailler, et le goût de vivre, en leur donnant la satisfaction de retrouver leurs habitudes d’autrefois, le milieu familial et l’horizon accoutumé.

Une transition est ménagée entre les souvenirs d’hier et les espérances de demain. Aujourd’hui, l’exilé retrouve son petit domaine rustique. Il ne perd pas de vue les limites de son champ, de son jardin, de sa cour. A l’abri d’une maison de bois, solidement, élégamment montée, et qui fait songer à ces refuges où, sur les côtes battues par la tempête, on recueille les naufragés, il se repose, il se ressaisit, il se prépare aux jours meilleurs, il compte sur les saisons prochaines, réparatrices du passé…

Voici déjà, dans la lumière d’un été radieux, des enfans qui jouent parmi les fleurs. Adoptés par une tutelle aussi prévoyante qu’attentive et douce, ils ne sont plus orphelins. Rendus à.la mère-patrie, ils se sentent désormais, — et pour toujours, — sous la protection de la grande famille française.


LES AMES

Dans la journée du 10 février 1917, les habitans de Montescourt-Lizerolles, commune située à quatorze kilomètres de Saint-Quentin, reçurent l’ordre de se tenir prêts à être évacués pour une destination inconnue. Quelques instans à peine leurs étaient accordés pour faire leurs préparatifs, dire adieu à leur