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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/682

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produits de leur travail. Maintenant, les habitans sont partis, ne trouvant plus un toit pour s’abriter, autour de leur église minée et de leur cimetière profané. Les Allemands se sont acharnés particulièrement sur la propriété du maire, M. Goguel, dont ils ont cassé la vaisselle avant de faire sauter sa maison. Les « Amis » ont nettoyé un large espace, d’où ils ont soigneusement extrait les fragmens de porcelaine brisée, les morceaux de charpente, les éclats de pierre que l’explosion avait projetés de tous côtés. C’est sur cette aire, bien aplanie, qu’ils vont établir les fondemens bétonnés, ajuster les pièces de leur maison démontable. Pour le moment, ils sont les seuls habitans du village, avec quelques territoriaux, cantonnés dans les environs, et qui viennent, à l’occasion, leur donner fraternellement un coup de main. L’un des « Amis » que nous rencontrons parmi les ruines de Tugny, est un grand jeune homme au visage rasé de frais, aux yeux clairs et doux, au teint bruni par le soleil et par le vent. Les présentations sont vite faites. Il s’appelle M. Trow, son camarade se nomme M. Kobinson et nous donne tout de suite, comme lui, un solide shake hand. Tous deux sont en tenue de travail, nu-tête, les manches retroussées. Ils ont des bras musclés et nerveux, assouplis et durcis par l’habitude des sports et du travail. Et pourtant, ce ne sont pas des ouvriers professionnellement manuels. Les « Amis » se recrutent plutôt dans les professions libérales, parmi les intellectuels du Royaume-Uni. Ces honnêtes gens estiment que la plus belle forme de l’intelligence, c’est l’amitié.

De quel cœur ils travaillent pour procurer au maire de Tugny le moyen d’exercer ses fonctions municipales ! Ils ont voulu commencer par là. D’abord, la résurrection de la commune rurale, parce qu’elle est le prolongement de la famille, et parce que la réintégration du maire dans l’exercice régulier de sa magistrature paternelle fait revenir, par une conséquence très souvent constatée, les paysans fugitifs au pays abandonné.

— Rien de plus juste, observe un officier. Toutes les foi, s que le maire est rentré, surtout s’il ramène sa famille, les autres familles suivent le mouvement, et la commune se reconstitue par la vertu de l’exemple. A Hyencourt-le-Petit, dans le canton de Nesle, l’exemple du maire, qui est venu s’installer seul dans une cave de son ancienne demeure, a provoqué le retour d’une dizaine de ses compatriotes, qui maintenant réparent les murs