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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/679

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dont la solution exige autant de prudence que de hardiesse et non moins de psychologie que d’expertise en l’art de bâtir. La demeure de l’homme n’est pas seulement un gîte pour le corps humain. C’est un monument, humble ou magnifique, petit ou grand, riche ou pauvre, mais dont la forme est toujours modelée par l’idéal d’utilité ou de bonheur que conçoit, sous l’influence de la terre et du ciel, l’âme humaine en quête de travail et de repos. Il faudra, ici comme ailleurs, que les bâtisseurs des maisons neuves s’inspirent des nécessités locales qui, de siècle en siècle, ont maintenu les dispositions essentielles du logis rustique et du domaine agricole en pays picard. Ce pays, fertile en grains, a toujours exigé de vastes granges, surtout à l’époque où les moissonneurs d’ici n’avaient pas encore pris l’habitude d’amonceler les gerbes en meules dans les champs. Aussi voyons-nous que le plan naturel de la ferme picarde comporte toujours deux granges, dont les larges fenêtres à auvens donnent directement sur le chemin, afin de faciliter la rentrée des récoltes. La porte charretière est située entre ces deux granges. Les charrettes n’entrent dans la cour qu’après avoir été déchargées. On évite ainsi l’encombrement. Les étables sont d’ordinaire à droite de cette cour, les écuries à gauche, la maison d’habitation est au fond. Ainsi l’œil du maître ne perd jamais de vue le va-et-vient du personnel et du bétail. Les bêtes, qui coûtent cher, et dont la perte est une ruine, sont aisément surveillées. Pour le pansage des chevaux, pendant les journées sombres et brèves des hivers pluvieux, on n’a que deux ou trois pas à faire, dans la cour, le long des bâtimens, sur un trottoir qui est toujours sec, étant protégé par l’avancée d’un toit qui surplombe. Le jardin s’étend derrière la maison et se sépare des pâtures par une haie… C’est ainsi que, dans la ferme picarde, tout se tient et se touche. Il n’y a point d’espace perdu, ni de terrain négligé, ni de force gaspillée. C’est bien l’œuvre d’une race attachée à la terre, fidèle-au sol natal, patiente en ses entreprises, volontiers âpre au gain parce qu’elle est infatigable au labeur, et qui souffre tragiquement d’avoir vu le fruit de tout son travail accumulé périr dans les flammes et s*anéantir dans la plus stupide et la plus abominable destruction.

— Tenez, reprend le commandant, voici un autre exemple de Kultur germanique. Les Allemands avaient fait des semailles dans les champs d’Aubigny, de Dury, de