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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/677

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habitués à traîner des canons. Plus loin, la silhouette d’un laboureur en képi se dessine sur le siège d’un tracteur en marche à travers champs.

— Nous sommes encore ici, me dit mon voisin d’auto, dans la zone des cantonnemens de repos. Et vous voyez l’usage que nos soldats font de ce repos. En allant dans la direction de Saint-Quentin, nous traversons maintenant le secteur Somme-Est, puis nous entrons dans le secteur Aisne-Nord. Là nous verrons comment, jusque dans la zone de l’avant, les corps d’armée, sans cesser de combattre, trouvent le moyen d’organiser, autant que cela est possible, l’existence normale et le travail régulier des habitans qui ont eu le courage de rentrer dans leurs villages démolis ou incendiés.

Déjà dans la commune d’Ognolles, jonchée de ruines, 144 habitans sont revenus. On compte 438 retours à Ercheu, 240 à Esmery-Hallon, où 200 maisons furent incendiées par les Boches. Un comité américain a distribué aux rapatriés une première provision d’outils de jardinage : bêches, pioches, binettes, râteaux. 43 charrues, détériorées par l’ennemi, ont été réparées dans la forge civile de Saint-Sulpice et dans les ateliers militaires de Ham. 75 charrues ont été réparées, à Guiscard, par les maréchaux ferrans des régimens de cavalerie. Mais combien ces chiffres, témoignages certains d’une bonne volonté sans cesse en éveil, paraissent, hélas ! insuffisans, lorsqu’on regarde, à perte de vue, tous ces hectares à défricher…


L’ABRI

Autour de Saint-Simon.

— Voyez, me dit le commandant du secteur Aisne-Nord, voyez ce qu’ils ont fait de la plus belle exploitation agricole de la commune d’Aubigny.

Aubigny, commune champêtre, était justement fière des fortes bâtisses que ses habitans avaient alignées sur de larges routes, au milieu des belles prairies du Vermandois, à quinze kilomètres de Saint-Quentin. Pays d’herbages, Aubigny nourrissait des troupeaux nombreux. Les mémoires de la Société académique de Saint-Quentin nous apprennent qu’en 1844 une des fermes d’Aubigny possédait à elle seule 1 240 moutons. Les statistiques récentes devaient donner des chiffres à peu près