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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/676

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le chaud soleil de l’époque des fenaisons et par le vent qui souffle sur la plaine du Santerre, ils semblent presque revenus aux tranquilles occupations de la paix. Toutefois, la discipline militaire a déjà rythmé les mouvemens de ces recrues de dix-huit ans, qui portent si gentiment leur joli nom de « bleuets. » Rien n’est plus touchant que le geste spontané qui, sans apparence d’effort ni de raideur automatique, rectifie la position en présence des officiers, esquisse avec de paisibles outils un mouvement de « garde à vous, » et marque le respect, d’une façon toute française, sans exclure l’affection. Amicalement, familièrement, d’un ton volontiers paternel, on les interroge. Ils aiment à parler de leurs villages, de la famille récemment quittée. Ces petits paysans, venus de loin, les uns de Bretagne, les autres de Normandie, tous habitués, dès.leurs premières années d’apprentissage, aux travaux champêtres qui occupent les intervalles de leurs exercices militaires, appartiennent à des bataillons d’instruction, nouvellement formés, et se préparent à la guerre, sans oublier ce qu’ils ont appris au foyer rustique où ils ont grandi parmi des laboureurs. Ainsi leur nouvelle existence, loin du clocher natal, ne les a pas déracinés. Leur présence est un bienfait pour la région où ils cantonnent. Je ne suis pas étonné d’apprendre que plusieurs communes renaissantes ont demandé le secours de ces bras jeunes, vigoureux et vaillans. Le maire de Cannectancourt, localité située sur la ligne de Noyon à Montdidier, vient d’adresser au quartier général une pétition, signée de tous les membres du conseil municipal, afin d’obtenir que la commune, située dans la zone des étapes, soit comprise dorénavant dans la zone de l’armée. Les habitans sont désireux de profiter de la main-d’œuvre agricole et des soins médicaux que leur assure l’armée, ainsi que de la sécurité locale et des facilités de circulation que procure une police bien faite.

L’armée, en effet, ne manque pas une occasion d’apporter son aide fraternelle aux populations ramenées dans cette région par le retour à la terre. Tout ce que l’on aperçoit au passage. en traversant ces campagnes longtemps meurtries et désormais convalescentes, multiplie et précise la rassurante vision de cet appui donné sans cesse à la société civile par la sollicitude des chefs et par l’amitié des soldats. Voici des artilleurs qui ont attelé au timon d’une moissonneuse-lieuse leurs forts chevaux,