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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/670

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coutumiers. Le commerçant, derrière son comptoir, n’attend pas longtemps son bénéfice. J’apprends qu’à Ham, dès le 25 juin, le commerce était si prospère que les nouvelles demandes d’installation commerciale ont été refusées, le maire de la ville, M. Gronier, estimant que les commerçans actuels suffisent amplement aux besoins des habitans rentrés dans leurs foyers.

Le réveil de la terre sera beaucoup plus lent. cette terre a tant souffert ! N’oublions pas que, d’après les dernières enquêtes de l’armée, le nombre des arbres fruitiers coupés dans les trois départemens de l’Oise, de l’Aisne et de la Somme dépasse 80 000. Le travail des officiers chargés de l’expertise agricole dans les régions dévastées a donné des évaluations précises sur les pertes subies, sur le bétail disparu, sur la dépréciation du sol, résultant soit de la culture épuisante pratiquée par les Allemands, soit du dommage causé par une trop longue jachère.

On me montre une carte où, par les soins de l’état-major de l’armée, l’état actuel des localités en territoire reconquis est retracé avec une émouvante exactitude. Les villages complètement détruits sont marqués en rouge. Il faudrait suivre, pas à pas, sur le terrain, les douloureux itinéraires et les poignans pèlerinages où nous sommes attirés par ces points rouges qui ressemblent à une traînée de sang…

Chemin faisant, à travers la campagne ensoleillée et verte où règne sur de vastes espaces le silence des solitudes abandonnées, un jeune officier m’expose le plan d’action qui fut élaboré par l’armée, au moment même où l’état-major, en reprenant possession d’une terre libérée, dut s’occuper à la fois de la préparation des opérations militaires et de l’organisation du pays ravagé. Double tâche, qui réclamait des volontés résolues et clairvoyantes, aillant que des esprits tout ensemble hardis et prudens. Il s’agissait, en effet, de ravitailler d’urgence une population en détresse, de pourvoir partout au plus pressé, de soulager des misères matérielles et morales qui ne pouvaient pas attendre, bref d’improviser un régime de paix en faisant la guerre, et d’administrer en combattant, comme on fait aux colonies.

— L’occupation ennemie, me dit ce jeune officier, avait faussé toute la vie sociale, administrative et économique du territoire libéré. Il fallait, dans toute la mesure du possible,