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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/657

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« Puis, de sa main droite indemne, il tira un carnet de sa poche et y nota des ordres. »

La veille du jour où il fut fait prisonnier, Korniloff sortit de l’isba avec sa casquette enfoncée sur les yeux, sa pèlerine ouverte… A travers on voyait briller sa croix blanche de Saint-Georges. Il regardait tranquillement devant lui en tapotant de sa cravache les hautes tiges de ses bottes. Il était toute vaillance et sérénité… On aurait pu croire qu’il n’avait qu’à dire : « Tout va bien ! » Quand il ne resta plus un seul officier, il continua à tapoter ses bottes avec la même tranquillité apparente, et c’est avec cette belle maîtrise et sans rien laisser deviner de ce qui se passait en lui, qu’il fit connaître aux soldats le tragique de la situation. Quand il fut tombé, blessé, entre les mains des ennemis, la division Souvarov, se souvenant de ses leçons, réussit malgré tout à s’ouvrir un passage.

Prisonnier au château Esterhazy, puis à l’hôpital de Kersek, le général Korniloff n’eut qu’une pensée : s’évader pour aller remettre son épée au service de sa patrie.

Chez les Autrichiens, les officiers prisonniers sont séparés des soldats et soumis à une surveillance plus sévère. Le général prit un uniforme de soldat et réussit à se faire transférer dans un camp. Ayant fait toutes les observations possibles et pris tous les moyens à sa disposition pour assurer sa fuite, il s’évada du camp avec un soldat tchèque. Pendant les deux premières journées, les fuyards réussirent à voyager en chemin de fer. A Buda-Pesth, ils passèrent la nuit dans un Postoyali-i-Dvor, vaste cour publique où l’on remise les voitures et les chevaux. La cour était pleine de soldats. Sans perdre contenance, Korniloff se mêla à eux. Il se coucha auprès d’un soldat allemand et entreprit avec lui une conversation qui se prolongea assez tard. Finalement ils s’endormirent côte à côte. Le lendemain, avant le branle-bas matinal, le général quitta le Postoyali-i-Dvor et se remit en route. Il fallait gagner à pied la frontière roumaine. Il s’était procuré des vêtemens civils et passait inaperçu, grâce à sa parfaite connaissance de la langue allemande.

Cependant, lui et son compagnon faillirent une fois être découverts. On tira sur eux : le Tchèque fut tué ; le général échappa à la poursuite.

Pendant vingt jours il dut cheminer à pied, le plus souvent