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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/628

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aussi des savans considérables. Le Père Della Torre fait les honneurs de son observatoire et de son laboratoire de physique. Il vient dîner chez Bergeret, qui croit l’intéresser en lui montrant les microscopes, les télescopes et les lunettes qu’il porte dans ses bagages.

On fait des promenades en barque à six rameurs le long de la côte de Pausilipe. Dans l’antiquité, « cette côte était garnie de nombre de maisons délicieuses ; » elle présente encore les restes des « délices de Lucullus, » dont parlent « les anciens auteurs. » Au reste, si la campagne napolitaine est riche et bien plantée, il n’y a point de jardins, ce qui étonne les voyageurs. Ils sont surpris surtout par l’animation des rues et la vie nocturne : « On ne peut rendre le mouvement de Naples ; celui du peuple paraît innombrable, et ce n’est pas le commerce qui l’occasionne. La nuit est éclairée sans discontinuer par un mouvement de carrosses, dont chacun a au moins un flambeau et souvent trois portés par des volans ou coureurs, et tous les gens à pied se font éclairer. Nous n’avons rien de comparable à Paris dans nos plus grands mouvemens, excepté qu’à Naples, cela ne peut rouler que rue de Tolède, place del Casteilo et Strada Nuova, et à Paris on peut citer bien plus de quartiers en mouvement. » A Strada Nuova, sur le bord de la mer, on voit passer toute la société, vêtue « de nos étoffes d’or et d’argent de Lyon, » sur deux rangs « d’enfilade de carrosses parés comme une noce ; » et, bien entendu, M. Bergeret vient y montrer le sien.

Un peintre parisien nommé Volaire, dont la spécialité était de peindre des vues du Vésuve et qui s’empressait auprès des étrangers pour les leur vendre, vint alléger, par ses offres de service, la tâche de Frago. C’est lui qui guida la « bande » pour l’ascension du volcan et pour l’excursion de Pouzzoles, de Baïa et de l’antre de la Sibylle. Tous les textes anciens et les commentaires de l’érudition locale accompagnèrent nos Français dans ces lieux classiques. Ils furent curieux des coutumes populaires. On assista, par exemple, au miracle de saint Janvier et à la procession du Corpus Domini, « où il ne faut pas rire, il faut y aller avec prudence. » On écouta les prédications en plein vent, et aussi « les enfans de dix ans prêchant et parlant comme de grandes personnes avec tous les gestes et l’action possibles ; » on en vit un s’installer « auprès d’une boutique de polichinelles, pour lui enlever ses pratiques et pour profiter de l’assemblée