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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/626

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si la marchandise ne vaut rien, on les chasse avec des huées.

Rien n’est plus amusant à Rome que le dimanche de Bergeret de Grancourt, et l’on y voit bientôt tout ce qui se pique de pratiquer les arts ou de les goûter : « Le nombre d’artistes et gens à talens, architectes et autres, augmente. Les artistes anglais et étrangers s’y font présenter. Je me fais plaisir d’aller voir leurs ouvrages et portefeuilles et, quand ils ont du talent, il est impossible qu’il ne m’en revienne quelques dessins. Elle se passe toujours moins sérieusement que chez les grands et nous y jugeons bien des ouvrages qu’on s’empresse d’y apporter, ce qui rend notre conversation fort intéressante. J’en retiens ce jour-là quelques-uns à dîner, et le soir on se rassemble encore en petit nombre. Voilà la journée très complète pour nous. » La tradition de ces nobles réunions intellectuelles, en des maisons françaises, s’est toujours maintenue à Rome et s’y continue encore.


III

Les étrangers attendaient d’ordinaire, pour quitter Rome, le dimanche de la semaine de Pâques, qu’on nomme de Quasimodo. On voyait ce jour-là la cavalcade du Pape, se rendant à la Minerve sur sa haquenée blanche, et l’illumination fameuse de Saint-Pierre et de sa coupole. Nos Français partirent pour Naples le surlendemain, par la route de Terracine, et vinrent loger sur le quai, au meilleur endroit de la ville. « On ne peut avoir un plus beau réveil que celui de nos chambres à chacun ; d’un côté la mer, tant qu’elle se peut voir, et vis-à-vis Portici et toutes les campagnes de l’autre côté de la mer, et d’un autre côté à notre gauche, la ville, et vis-à-vis le mont Vésuve. » Ce fut un séjour de près de deux mois, rempli de tous les agrémens que Naples offrait à des Français riches et bien accrédités. Le baron de Breteuil, ambassadeur du Roi, leur fit mille honnêtetés. Le bon Frago en eut sa part ; mais il dut remplir sans retard sa corvée de cicérone aux palais, aux cabinets, aux églises, à Capodimonte. Il montra les Salvator Rosa, les Luca Giordano, les Calabrese, les Solimène, expliquant devant les fresques ou les toiles la manière de celle école napolitaine qu’il connaissait à merveille et pour laquelle un ancien voyage lui avait inspiré du goût. Il retourna avec un intérêt nouveau