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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/61

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l’opinion émise par le rédacteur de ce Kriegspiel (sans doute Moltke lui-même) est la suivante : en raison de la difficulté du terrain, les batailles livrées sur la frontière lorraine aboutiront probablement à une sorte de partie nulle. S’il en est ainsi, le critique du Kriegspiel exprime l’avis formel que le commandement allemand ne doit pas hésiter à renoncer immédiatement à son offensive par la Belgique, pour ramener ses forces en Lorraine et briser, à tout prix, la résistance française dans cette région. Voici le texte : « Le résultat des opérations dans l’Est n’étant pas décisif, et l’anéantissement de forces ennemies importantes n’étant obtenu d’aucun côté, la possibilité d’y arriver existe pour les Allemands, d’une seule façon : une fois l’offensive française au Sud-Est de Metz reconnue, — ce qui se produit assez tôt, — il serait très facile d’attaquer cette armée principale en enveloppant son aile gauche et de la battre complètement. Mais, pour cela, il faut renoncer à la conversion excentrique par la Belgique et concentrer toutes les forces dans la direction du Sud-Ouest (c’est-à-dire de la Lorraine, Sud-Ouest pour l’Allemagne). Il est vrai qu’il est difficile de se débarrasser d’une idée, une fois qu’elle est adoptée, et de jeter par-dessus bord tout un plan d’opérations quand on voit que les prévisions sur lesquelles il était conçu ne se réalisent pas… » Donc, Moltke conseille de renoncer au mouvement tournant par la Belgique, si la manœuvre de la tenaille par l’Est ne réussit pas du premier coup.

La raison de cet avis saute aux yeux. Notre force de l’Est, si elle n’est pas écrasée, est une menace constante pour les communications allemandes. Verdun est, comme nous l’avons dit, une dent enfoncée dans les chairs d’une invasion allemande en Belgique et en France. Un jour ou l’autre, pour réussir, il faudrait arracher cette dent : le plus tôt est le meilleur. Les Allemands se décideront à y revenir un jour, mais ce sera trop tard.

Tel était le sage conseil que de Moltke se donnait à lui-même, comme critique d’un thème de manœuvre. Mais, dans la réalité et quand il fut au fait et au prendre, il ne sut ou ne put le suivre. S’il ne le fit pas, s’il ne renonça pas immédiatement à « la conversion excentrique par la Belgique, » ce n’est pas seulement « parce qu’il est difficile de jeter par-dessus bord tout un plan d’opérations en cours d’exécution, » c’est aussi et