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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/603

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à sa tradition séculaire. Modèré en paroles, mais net et délibéré dans ses idées. Incapable d’hypocrisie, comme, aussi, insensible à la flatterie intéressée, à l’avance obséquieuse. Honnête en un mot, et incapable du tartufisme politique dont se badigeonne le machiavélisme germain. Au fond, le tempérament le plus irréductible au tempérament allemand. Chez beaucoup même, à la lettre, l’horreur de l’Allemand. Ni la même mentalité, ni la même moralité : un antagonisme moral complet. Aussi les journaux parlent-ils clair et net. Il n’est que de les parcourir, pour sentir, à travers certaines prudences de termes, les principes résistans qui se font jour. Dès le premier moment, certains faits ont soulevé une telle indignation que le gouvernement s’en est fait l’écho. Ainsi l’arrestation des professeurs Pirenne et Frédéricq, dont il a été déjà parlé ici [1]. Toute une presse, rédigée en langue française, est éclose depuis la guerre, et s’épanouit librement. Rien de moins neutre que ce qui s’imprime dans ce pays neutre. Voici la Gazette de Hollande, dirigée par M. de Gubernatis, en deux langues, français et anglais ; voici l’Écho belge, dirigé par M. Charles Bernard, en français ; voici Les Nouvelles, « journal belge fondé à Maastricht en août 1914 par un groupe de journalistes liégeois ; » voici l’importante et même luxueuse Revue de Hollande, de M. de Solpray, etc. Tout cela se crie dans les rues de la Haye, se débite sur le « Plein, » s’étale aux devantures des boutiques côte à côte avec les journaux français, trop rares d’ailleurs, et venus, presque tous, en raison du blocus naval, par la Suisse et l’Allemagne… Ce détail seul en dit long sur notre absence aux pays neutres du Nord !

Ainsi, en quelques jours d’enquête sérieuse, d’ailleurs parfaitement guidés par nos amis français et hollandais, — sans parler de notre très distingué ministre à la Haye, — renseignés aussi par nos yeux et nos oreilles, nous connaissons assez notre terrain, et nous entrevoyons, à notre extrême joie, une Hollande assez différente de celle qu’on juge sur les boulevards, ou même dans les bureaux de certains journaux. Nous nous mettons aussitôt à l’œuvre, car le temps presse. Conférences, causeries, — voire prédications par mon compagnon, — visites nombreuses, interviews de journaux, tout nous sera bon, pour peu

  1. Voyez dans la Revue du 1er septembre 1916, l’étude M. Maurice Gandolphe : Enquête en Hollande.