Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/598

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comme des appels de détresse : nous en voyons jusqu’à trois dans une seule matinée. Ailleurs, un navire norvégien, blessé, penche, s’emplit et sombre lentement. Des bouées sans nombre sont semées avec méthode, et jalonnent les routes praticables. Des appels, des signaux à tout instant. Plusieurs fois, nous côtoyons des champs de filets métalliques, pièges à sous-marins tendus en festons, et contournés de navires aux extrémités, flanqués d’autres navires-gardiens au centre, pour surveiller la passe, que l’on ferme le soir. Et toujours cette couronne mouvante de navires au loin, parfois trente-cinq de tous les calibres, en rond, à l’horizon. C’est par centaines qu’il faut compter les navires de guerre que nous avons aperçus, et des flottilles ou flottes entières. Les chalutiers armés zèbrent cette mer en telle abondance que je n’ose citer le chiffre fantastique (des milliers) qu’on m’a révélé. Quant aux cargos de commerce qui, paisiblement, nous ont croisés dans les deux sens en cornant au passage comme des autos qui se rencontrent, s’ils ne furent pas de six à huit cents, ils ne furent pas deux. Nous n’en revenions pas, tant leur multitude et leur tranquillité semblaient ignorer qu’il y eût un blocus sans merci.

Un autre détail nous frappa d’une vraie admiration. Un soir, que nous trompions mal l’ennui de l’attente, le cri d’une sirène et l’ordre de stopper nous redressa. Qu’y avait-il ? L’instant d’après, le stewart se précipitait vers un hublot mal aveuglé, et tirait soigneusement le store. Eh quoi ! ce rais de lumière, aperçu dans la nuit, par un vigilant patrouilleur, avait suffi pour nous valoir le coup de sifflet, l’arrêt, l’accostage, l’observation, et sans doute l’amende à qui de droit ! Et cela, en pleine mer du Nord, comme naguère en pleine rue de Londres ou sur un boulevard de Paris ! Nous fûmes pétrifiés.

Et, de même, le « communiqué » s’abattit un jour sur notre table, reçu directement de la tour Eiffel par notre « sans fil, » et ce communiqué était bon. Ce jour-là, le Champagne coula, et l’on but à la France. Le Belge d’en face but à la Belgique, et nous fîmes écho. Et les quelques Hollandais qui faisaient groupe avec le Belge, discrètement, — on est neutre, — montrèrent par leur expression qu’ils adhéraient. Ceci nous fut un premier et léger indice.

Enfin, le lundi, après quelques heures d’une marche brillante au milieu d’une escorte plus empressée que jamais, nous