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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/591

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bâtimens publics s’est abaissée la clôture de guerre, seul le Panthéon anglais garde ouvertes ses nefs dont toutes les travées professent d’augustes leçons. Et Westminster Abbey ne désemplit pas.

Au dehors, tous les détails de la vie matérielle convergent vers un but moral. A l’hôtel, la précarité du luminaire, du chauffage, le dosage de l’alimentation, les invitations à l’économie déposées, imprimées, sur la table, ne vous laissent perdre à aucun instant l’idée de contribution à la guerre, de solidarité, de coopération par la privation personnelle. On se refuse tout ce qu’on peut donner au pays. On se rationne méthodiquement dans le civil, pour que le soldat vive dans l’abondance. La vue d’une table copieuse ferait scandale. C’est la grande beauté de l’Angleterre en ce moment, du haut en bas de l’échelle sociale., D’ailleurs, la réserve froide, et la discrétion partout. Même dans les manifestations patriotiques. Le 7 février, nous étions sur le passage du Roi et de la Reine, à midi, pour l’ouverture du Parlement. Une foule attendait, déférente, silencieuse, où çà et là un uniforme belge, ou français, piquait une faible note de couleur. On salua les souverains avec respect, et l’on applaudit quelque peu. Mais pas un cri, pas de démonstrations. « A Marseille, me souffle mon compagnon, ce serait un four. » Et même à Paris ! Pourtant rien n’était plus résolu que la nation à ce moment. L’emprunt du 16 février, qui devait obtenir un si grand succès, se préparait. A Trafalgar-Square, les hôtels monumentaux criaient, de leur sommet, sur des bandes de toile gigantesques : « La marine compte sur vous ! » — « L’armée de terre compte sur vous ! » Et Nelson, du faîte de sa colonne, présidait à la leçon clamée sur le piédestal en lettres de vingt pieds : « Avant le 16 février, l’Angleterre compte que vous ferez de votre argent une arme ! ! » Et, les jours suivans : « Dans sept jours, dans six jours, l’Allemagne aura son compte I » Et l’Allemagne fut depuis, en effet, bombardée par les milliards anglais, à Vimy, à Messines, et en d’autres lieux.

Malgré l’impatience qui nous ronge, de tels spectacles sont trop attachans pour ne pas nous faire paraître brève la fuite des heures. On voudrait voir davantage, savoir plus, écouter, ausculter à l’aise le cœur de l’admirable nation qui bat ici son pouls ferme, intrépide, majestueux. Mais nos journées d’attente tirent à leur fin. Un bref ordre de départ nous arrache à notre