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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/545

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évêques du Rheinland, le 4 août 1834, acceptèrent cet accord. Mais beaucoup de prêtres, étonnés de voir des questions religieuses se régler d’une manière administrative, résistèrent sans tenir compte du pacte conclu à Berlin. La crise coïncidait d’ailleurs avec la querelle de l’hermésianisme.

Sur ces entrefaites, Spiegel mourut le 2 août 1835. Il eut comme successeur au siège de Cologne l’archevêque von Droste-Vischering, une âme inflexible que le désir de plaire ne fit jamais transiger. Il prit connaissance des instructions données conformément à l’accord de 1834, et remarqua qu’elles différaient beaucoup du bref pontifical. Vers la même époque, Josef von Hommer, évêque de Trêves, un prélat aimable qui avait mûri dans l’entourage de Dalberg, céda aux reproches de sa conscience, et, comme il était sur son lit de mort, communiqua à Grégoire XVI, jusque-là tenu dans l’ignorance, la convention signée par Bunsen et Spiegel. Le Pape, courroucé de ce qu’on l’eût indignement trompé et furieux de la trahison de Bunsen, signifia qu’il maintenait sa décision. De son côté, Droste, qui prenait en même temps l’offensive contre les hermésiens, déclara que la question des mariages mixtes ne recevrait d’autre solution que celle indiquée par le bref du Pape. Aussitôt, tous les prêtres, qui avaient cédé par déférence pour Spiegel et son vicaire général, revinrent à l’avertissement et à l’assistance passive.

Le conflit allait se développer. En Westphalie, les évêques de Munster et de Paderborn ne se révoltaient pas encore, mais ils étaient hésitans. Le ministère, que l’obstacle exaspérait, somma Droste d’obéir. Il fit entendre qu’en matière religieuse, il ne reconnaissait que l’autorité de Rome. On l’invita à se démettre. Il refusa. Alors on l’arrêta. Ce fut une scène mémorable où la Prusse, une fois de plus, dévoila son véritable visage, car en même temps que le prélat, c’était l’opposition rhénane qu’elle entendait briser. Ce jour-là, le 20 novembre 1837, les troupes furent consignées ; de bon matin, les soldats barrèrent les rues de Cologne, tandis que des canons étaient braqués autour du palais épiscopal pour contenir la foule que l’on savait hostile à la Prusse. Des gendarmes poussèrent dans une voiture Droste, à qui l’on ne permit même pas d’emmener son secrétaire. On l’interna dans la forteresse de Minden et l’on jeta son vicaire général dans les casemates de Magdebourg. Quant à l’archevêché, il reçut un curateur.