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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/535

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sorte que plusieurs diocèses se trouvèrent vacans. Mais ces querelles étaient surtout politiques ; elles se passaient entre catholiques et ne suscitèrent aucun trouble intérieur. Il allait en être autrement en Prusse, où les annexés appartenaient à une autre religion que les conquérans.

Sur la rive gauche du Rhin, les difficultés commencèrent de très bonne heure entre la monarchie des Hohenzollern et les annexés. Avant 1815, le pays ne contenait qu’un petit nombre de protestans. C’étaient des indigènes ou des réfugiés de l’Edit de Nantes, répartis en masses assez denses sur quelques points du territoire, dans les régions de Clèves au Nord, puis dans celles qui s’étendent entre Sarrebrück et Kreuznach. La population les désignait sous l’appellation commune de Calciner [1]ou Calvinistes ; ils vivaient en bonne entente avec elle ; dans la suite, ils manifestèrent le même esprit d’opposition : sauf les immigrés, déclare un auteur anonyme de 1842, « les habitans protestans, en général assez tièdes, sont presque aussi hostiles à la Prusse que les catholiques. Comme ceux-ci, ils la repoussent de toute la force de leurs idées libérales… Loin d’applaudir aux persécutions religieuses, ils les ont hautement réprouvées. » Or le royaume de l’Est, essentiellement luthérien, avait acquis ses premiers sujets catholiques au XVIIIe siècle, par la conquête de la Silésie, puis par le partage de la Pologne ; il venait d’en augmenter considérablement le nombre, en vertu des traités de Vienne. Allait-il renoncer à la politique strictement confessionnelle qu’il avait adoptée jusque-là, et tenterait-il d’établir l’union intérieure en appliquant un large programme de paix religieuse ? S’il l’avait fait, il semble bien que sa tâche d’assimilation en eût été facilitée. En 1815, le romantisme catholique représenté par Goerres et Schlegel, quoique libéral, était nationaliste allemand, ébloui par le passé du Saint-Empire et par la splendeur des cathédrales gothiques, celle de Cologne, par exemple, dans lesquelles il croyait voir une création originale du génie des Germains. La Prusse ne sut point profiter de ces bonnes dispositions. Elle ne comprit pas qu’elle devait se départir de son intolérance haineuse et de son fanatisme. Imbue de l’idée que la religion de Luther devait être celle de l’Etat tout entier, elle vit en Rome, puissance à la fois crainte

  1. C’est le nom qu’indique K. Schurz : Lebenserinnerungen, I, p. 32. « Ein Ca. winer, wie dort die Protestanten gewühntich genannt wurden. »