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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/521

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Révolution, elle avait vécu sous la domination aimable et dissolue des archevêques-électeurs. Ensuite, conquise par les armées françaises, elle avait appartenu un certain temps à la République et à l’Empire. Enfin, en 1815, on l’avait collée à la Prusse. De ces trois maîtres, dont la rapide succession n’avait pas permis à un véritable loyalisme de prendre naissance, ceux que les Rhénans aimaient le moins, c’étaient les Prussiens. Leur autorité sur les bords du Rhin faisait l’effet d’une domination étrangère, et dès le premier jour, comme c’est presque toujours le cas, elle se heurta au sentiment des habitans. »

Il est inutile d’accumuler les témoignages. Ceux qu’on vient de lire ne laissent rien à désirer. Ils sont clairs et même peu suspects, puisqu’ils émanent d’Allemands. Mais il nous reste à entrer dans le détail des faits, et à exposer les motifs d’une antipathie aussi opiniâtre. On notera d’ailleurs que Sybel lui-même, quoi qu’il en eût, n’osait pas nier les bienfaits de l’administration française. Dans ce même discours où il faisait l’apologie de la Prusse, il reconnaissait, en se donnant à lui-même un singulier démenti, que les Rhénans, dans les années qui précédèrent immédiatement 1815, avaient joui d’énormes avantages. La Révolution, concédait-il, les avait libérés dans leur travail et leur industrie ; elle leur avait apporté l’indépendance sociale ; elle avait jeté dans le domaine public les biens de mainmorte et les propriétés féodales ; le pays tout entier avait prospéré.

Et c’est bien cela qui fut la raison première de la résistance. Dès l’annexion, les Rhénans se nommèrent eux-mêmes Musspreussen, ou Prussiens par nécessité. Puis leur protestation prit des formes plus actives et se fit plus pressante. Ce furent d’abord des placets en nombre infini, des réclamations d’un ton très vif qui prenaient chaque jour le chemin de Berlin. Mais ces placets n’étaient honorés d’aucune réponse. La fermentation devint si vive qu’en 1817 le roi de Prusse se décida à promettre une enquête. Ce fut Hardenberg qui arriva : il était chargé d’examiner les causes du mécontentement et de calmer les esprits. Avertis de sa venue, les adversaires du nouveau régime s’étaient groupés. Parmi eux se trouvait Goerres. En 1797, il avait été de ces Rhénans qui avaient voulu fonder une république cisrhénane. En 1798, il avait approuvé en termes enthousiastes l’annexion par la France. Le Consulat avait fait de lui