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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/47

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tout retour offensif de l’ennemi. (Utilisation des retranchemens, emploi de l’artillerie pour l’organisation du terrain : la guerre des tranchées apparaît.)

L’infanterie semble ignorer la nécessité de s’organiser au combat POUR LA DUREE. (L’idée d’une tactique de longue haleine et même d’une campagne de dimée se substitue à la conception première de la guerre, la guerre de mouvement et d’offensive enthousiaste. Joffre apparaît tel qu’il est : c’est un génie de stabilité.)

Jetant, de suite, en ligne des imités nombreuses et denses, elle les expose immédiatement au feu de l’adversaire qui les décime, arrête ainsi, net, leur offensive et les laisse souvent à la merci d’une contre-attaque. (Voici, maintenant, la grave préoccupation de la contre-attaque. Or, la contre-attaque, ainsi que l’avenir le démontrera, c’est toute cette guerre.)

C’est au moyen d’une ligne de tirailleurs suffisamment espacés et entretenue continuellement (que de choses en deux mots ! ) que l’infanterie, soutenue par l’artillerie, doit mener le combat, le faisant ainsi durer jusqu’au moment où l’assaut peut être judicieusement donné. (Rappel de la plus belle qualité française, le jugement, la judiciaire.)

Les divisions de cavalerie allemande agissent toujours précédées de quelques bataillons transportés en automobile. Jusqu’ici, les gros de cavalerie ne se sont jamais laissé approcher par notre cavalerie. Ils progressent derrière leur infanterie et de là lancent les élémens de cavalerie (patrouilles et reconnaissances) qui viennent chercher appui auprès de leur infanterie aussitôt qu’ils sont attaqués. Notre cavalerie poursuit ces élémens et vient se heurter à des barrages solidement tenus. (Tableau tout à fait exact de la tactique inaugurée par la cavalerie allemande ; mais l’exposé est en même temps une leçon.) Il importe que nos divisions de cavalerie aient toujours des soutiens d’infanterie pour les appuyer et pour augmenter leurs qualités offensives.

Il faut aussi laisser aux chevaux le temps de manger et de dormir. Faute de quoi, la cavalerie est usée prématurément avant d’avoir été employée.

LE GENERAL COMMANDANT EN CHEF.

J. JOFFRE.

P. A. LE GÉNÉRAL, MAJOR GÉNÉRAL.

BELIN.