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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/459

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l’intérieur de l’État et d’une reconstruction internationale entre les Etats. Sa réponse, fort inattendue et assez surprenante chez un rationaliste, un « scientiste » comme lui, tient dans une phrase qui résume les conclusions de ce livre et annonce le suivant : « Je crois que cet élan vers le service collectif ne peut se satisfaire en dehors de cette formule que l’humanité est un Etat dont Dieu est le roi immortel, et que le service des besoins collectifs de l’homme est la véritable adoration de Dieu. »

M. Wells vient de développer cette vue dans un nouvel ouvrage, God the Invisible King, qui donne pour couronnement à son internationalisme et a son socialisme l’idée d’un royaume de Dieu sur la terre, d’une religion sans dogme et sans église. Elle était déjà indiquée d’une manière assez nette dans le précédent. Parti de la constatation d’un réveil auquel il estime que reste étrangère, et plutôt contraire, l’action des églises, M. Wells condamne également toutes les religions organisées qui s’interposent, suivant lui, entre les hommes et leur progrès spirituel, exactement comme les accapareurs s’interposent entre les hommes et leur nourriture. Elles n’existent, pense-t-il, que pour exploiter, détourner et gaspiller l’élan religieux de l’homme. — Nous connaissons cette doctrine. Elle n’est autre que le vieil individualisme révolutionnaire, opposant l’individu avec sa raison aux organismes historiques, — églises, nations et classes, — que cette raison a jugés, condamnés, et se propose de remplacer.

L’individu, sa raison et son idéal, — que cela paraît petit, incertain et fragile dans l’immensité du conflit actuel ! Jamais, au contraire, l’esprit national n’a mieux montré sa vitalité agressive, sa résolution obstinée, son énergie indomptable. Jamais, dans les limites de la nation, chaque individu, homme ou femme, n’a eu plus besoin, pour servir, de sentir sa destinée étroitement liée à la destinée nationale, de percevoir entre l’une et l’autre tous les anneaux intermédiaires qui rendent sa dépendance plus sensible, le capitaliste ayant à sauver sa richesse, l’ouvrier son travail, le paysan son champ, l’écrivain son esprit, le trésor de sa littérature et de sa langue, — tous, l’héritage des ancêtres, ce passé dont est fait le présent et d’où se dégagera l’avenir. Jamais enfin la foi de l’homme au divin ne sentit plus fortement l’insuffisance et l’inefficacité d’une simple aspiration à laquelle ne correspondrait aucune doctrine positive, —