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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/41

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un adversaire redoutable pour le jour où elle se retournerait. L’armée d’Amade recevait continuellement des renforts et des armes ; ses troupes s’habituaient au feu ; d’ores et déjà, elle était une grande gêne pour l’extrême droite allemande.

Non, ce n’était pas une armée anéantie : les soldats pensaient que les premiers engagemens ne prouvaient rien et que c’était une affaire à reprendre. Tous disaient, écrivaient : « Nous n’y comprenons rien : nous reculons et nous ne sommes pas battus. » Dans ce sens, les témoignages abondent. Nous en citerons quelques-uns ; car il importe d’établir cette vérité, qui, seule, explique les événemens ultérieurs :

Un spectateur assiste à la retraite du 1er corps :


Des pas nombreux, le bruit d’une troupe en marche. En longue colonne, les 8e et 110e pénètrent dans le village, marquant la cadence, l’arme sur l’épaule. Ils ont encore fière mine, ces beaux régimens, si éprouvés en Belgique ; cependant, la fatigue des nuits sans sommeil à la belle étoile, des rudes journées de combat, est peinte sur les traits des soldats ; elle y accuse des rides profondes. (Le Mesnil, 25 août.)


Autre témoignage venant d’un étranger faisant partie des services de santé :


Nous marchons toute la journée, arrêtés souvent par des régimens français qui défilent en bon ordre. (Houle de Couvin-Cendron, 25 août.)


Autre témoignage, provenant d’un civil français appartenant à une des municipalités de la frontière :


C’est la retraite qui commence ; l’artillerie venant de Macqué-noise forme son parc au pied du fort ; l’infanterie cantonne dans les quartiers entre la gare et la mairie. A l’état-major, on travaille sans relâche. Beaucoup de maisons sont fermées et cela rend difficile le logement des officiers. Arrivent à 11 heures du soir les logemens des régimens de zouaves ; les fourriers harassés sont assis sur les marches de la mairie. On perçoit chez eux un sentiment de sourde colère d’une lutte inégale, du mécontentement, mais aussi une ferme résolution de prendre leur revanche. Vers minuit, les régimens arrivent un peu décousus. On devine des troupes qui ont eu à retraiter en pleine action. (Hirson, 25 août.)


L’armée reste en possession d’elle-même. Ses chefs pourront obtenir d’elle tout ce qu’ils lui demanderont. Loin de se